mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302432 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | BOURRET MENDEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2023 et un mémoire enregistré le 28 avril 2023, M. D A, représenté par Me Bourret Mendel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de Haute-Garonne a décidé sa remise aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile,
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) dans l'attente de ce réexamen, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision de remise aux autorités portugaises et d'assignation à résidence sont entachées d'un vice d'incompétence ;
Sur la décision de remise aux autorités portugaises :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en ne faisant pas application des dispositions de l'article 17 du chapitre III du règlement du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 n°604/2013 ; le préfet s'est borné à faire application des dispositions de l'article 3.2 de ce règlement alors qu'au regard de sa situation, il aurait pu faire usage de son pouvoir discrétionnaire ;
- contrairement à ce qu'indique le préfet, il souffre d'une pathologie d'une particulière gravité ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation médicale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentale
Sur la décision d'assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation médicale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de réexaminer la situation de M. A sont irrecevables ;
- qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 avril 2023 :
- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée,
- les observations de Me Bourret Mendel, représentant M. A, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- le préfet de Haute-Garonne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais né le 18 novembre 1988, qui déclare être arrivé en France le 23 janvier 2023, a déposé une demande d'asile le 31 janvier 2023. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé sa remise aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile et de celui du même jour par lequel la même autorité l'a assigné à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'arrêté attaqué est signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne. Par un arrêté n° 31-2023-03-13-00006 du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil administratif spécial n° 31-2023-099 le 15 mars 2023, Mme C B a reçu délégation du préfet de la Haute-Garonne à l'effet de signer, notamment, " les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et de transfert (..) et la mise à exécution de ces décisions ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté de transfert et d'assignation à résidence doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de remise aux autorités portugaises :
5. En premier lieu, la décision contestée énonce les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la mesure de transfert. Ces énonciations, alors que le préfet n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, ont mis l'intéressé à même de comprendre les motifs de la décision pour lui permettre d'exercer utilement un recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux () La demande est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. ". L'article 13 du même règlement dispose que : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ". Enfin, aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité ".
7. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, la faculté laissée à chaque Etat membre, par ces dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile et que, d'autre part, le transfert d'un demandeur d'asile ne peut être opéré que dans des conditions excluant que ce transfert entraîne un risque réel et avéré que l'intéressé subisse des traitements inhumains ou dégradants.
Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, qui ne s'est estimé lié par aucune considération, ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de M. A notamment de la possibilité de faire application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.
8. M. A indique souffrir d'une pathologie d'une particulière gravité résultant d'une balle qu'il aurait reçu dans le thorax faisant obstacle à sa remise aux autorités portugaises. Cependant, il ressort des pièces du dossier que lors de son entretien individuel réalisé le 31 janvier 2023, M. A a déclaré ne pas avoir de problèmes de santé mais des séquelles d'une balle dans le poumon. En tout état de cause, il ne ressort pas des éléments médicaux produits par M. A lors de la notification de sa demande de transfert et versés dans le cadre de l'instance que sa blessure au thorax nécessiterait encore des soins ni, en tout état de cause, que son état de santé ne pourrait être pris en charge de façon satisfaisante au Portugal. Dès lors, le requérant ne démontre pas la réalité des risques pour sa sécurité en cas de retour au Portugal. Dans ces conditions, aucun des éléments avancés par M. A, ne sont de nature à faire regarder le refus des autorités françaises de faire usage de la faculté d'examiner sa demande d'asile comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ou comme méconnaissant les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".
10. La décision contestée a pour objet de renvoyer l'intéressé au Portugal, Etat, qui est membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A fait valoir, en termes vagues et non circonstanciés, que cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que " son tortionnaire se trouve au Portugal ". Cependant, aucune pièce au dossier ne permet d'établir la véracité des dires rapportés et ainsi de démontrer qu'il existerait au Portugal un risque réel pour sa personne du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques de cet Etat. En tout état de cause, il n'allègue ni ne démontre que les autorités portugaises ne seraient pas en mesure de parer au risque qu'il invoque par une protection appropriée. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. Aux termes de l'article L.751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. ".
12. En premier lieu, la décision contestée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie d'une domiciliation postale à Perpignan. Par la décision contestée, le préfet de Haute-Garonne a décidé d'assigner M. A à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales et de l'obliger à se présenter chaque lundi et mardi à 10 heures aux services de Police aux frontières de Perpignan. M. A soutient que son état de santé nécessite des soins qui ne sont pas nécessairement réalisés dans le département des Pyrénées-Orientales et que les horaires qui lui sont imposés peuvent l'empêcher de pouvoir recevoir des soins. Cependant, M. A ne verse dans le cadre de cette instance aucun élément permettant d'établir que son état de santé nécessiterait des soins, soins qui seraient réalisés en dehors du département des Pyrénées-Orientales et que les rendez-vous médicaux nécessaires ne pourraient être pris en dehors des jours et horaires fixés par la décision contestée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'assignation à résidence et l'obligation de présentation dont elle est assortie feraient obstacle aux soins que M. A affirme devoir recevoir. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'eu égard à son état de santé, le préfet aurait entaché la décision contestée d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées. Il en va de même s'agissant des conclusions aux fin d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1 er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de Haute-Garonne et à Me Bourret Mendel.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
La magistrate désignée,
P. VILLEMEJEANNELa greffière,
E. TOURNIER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 mai 2023
La greffière
E. TOURNIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026