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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302587

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302587

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantSCP DESSALCES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2023 et des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 10 mai et 21 août 2023 et le 6 juin 2024, M. B C, représenté par Me Hennani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation du département de l'Hérault afin qu'il soit procédé au réexamen de sa demande de logement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire prévue par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnue ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est hébergé, avec son épouse qui est enceinte et leurs deux enfants mineurs, par sa mère dans un logement en situation de suroccupation ;

- il n'a réceptionné le courrier de demande de pièces complémentaires que le 30 juin 2023, soit postérieurement à la date limite, fixée au 23 juin 2023, pour produire les pièces sollicitées.

Par deux mémoires en défense, enregistré le 4 août 2023 et le 31 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une décision du 31 août 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre,

- les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a saisi, le 12 janvier 2023, la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 4 juillet 2023 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de sa demande.

2. En premier lieu et d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le requérant ne saurait se prévaloir des stipulations de cet article à l'encontre de la décision en litige au motif qu'elle n'aurait pas été établie à l'issue d'une procédure contradictoire prévue par ce texte. D'autre part, si M. C fait valoir qu'il n'a été destinataire de la demande de pièces complémentaires datée du 9 juin 2023 que le 30 juin 2023, soit postérieurement à la date limite fixée, dans ce courrier, au 23 juin 2023 pour produire les pièces sollicitées, il ressort de l'attestation qu'il a adressée le 29 juin 2023 au secrétariat de la commission de médiation qu'il a reçu cette demande de pièces le 24 juin et M. C n'établit pas, ni même n'allègue qu'il aurait été empêché de fournir les pièces réclamées, même après la date limite indiquée dans ce courrier, ou de présenter des observations, notamment en sollicitant un délai pour compléter son dossier avant que ne soit prise la décision attaquée, contre laquelle il pouvait, en outre, former un recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu du requérant ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portée à sa connaissance ()- être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article L. 441-1-4-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, au titre de l'appréciation de la bonne foi du demandeur, la commission de médiation peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé a refusé récemment et sans motif légitime une offre de logement correspondant à ses besoins et capacités. Ne peut être regardé comme de bonne foi, au sens de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui a délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire.

5. Pour rejeter la demande de logement de M. C, la commission de médiation a retenu que, s'il était hébergé avec son épouse et ses deux enfants chez sa mère qui occupe un logement de 40 m² alors que la surface minimale réglementaire pour accueillir 5 personnes est de 43 m², il s'était placé lui-même dans cette situation puisque, après avoir refusé deux propositions de logement social en avril 2020 et janvier 2021, il avait signé un bail le 4 novembre 2021 pour un logement social de type T3 sur la commune de Montpellier avant de quitter ce logement le 9 décembre 2021 et que, par ailleurs, il n'avait pas fourni les justificatifs de ses ressources, de sa capacité à occuper un logement ainsi que des démarches entreprises pour résoudre son problème de logement.

6. Il ressort en effet des pièces du dossier que M. C a été reconnu prioritaire par la commission de médiation le 4 février 2020, qu'il a accepté, le 4 septembre 2021, une proposition de logement de type T3 sur la commune de Montpellier mais qu'il a demandé la résiliation du bail signé le 4 novembre 2021 dès le lendemain aux motifs que la typologie du logement, avec deux chambres et sa superficie de 61,30 m² n'était pas conforme aux préconisations de la commission de médiation et, en outre, qu'en raison d'un dénivelé important sur 30 mètres, ses enfants ne pouvaient se rendre aisément à pied à leur école. Cependant, ainsi qu'il ressort des termes de l'ordonnance n° 2106524 rendue le 12 janvier 2022 par le président du tribunal en application de l'article R. 778-8 du code de justice administrative, le logement en cause correspondait tant aux préconisations de la commission dans sa décision du 4 février 2020 qu'à la composition de sa famille et le motif tiré de la difficulté d'accès à l'école de ses enfants n'était pas de nature à regarder le logement comme inadapté. Dans ces conditions, dès lors que M. C a quitté sans motif légitime le logement social dont il disposait, la commission de médiation a, à bon droit, considéré qu'il s'était lui-même placé dans la situation d'urgence dont il se prévalait et, pour ce seul motif, rejeter la demande du requérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Hennani.

Copie-en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. EncontreLe greffier,

D. Lopez

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 juillet 2024

Le greffier,

D. Lopez lr

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