jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302594 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | MOULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce enregistrée le 4 mai 2023 et le 9 mai 2023, M. A B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de Haute-Garonne a décidé sa remise aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et son assignation à résidence pour une durée de 45 jours;
3°) d'enjoindre au préfet de l'admettre au séjour en France au titre de l'asile dans un délai de 8 jours ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative dans le même délai ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'arrêté de transfert :
- l'article 5 du règlement 604/2013 dit " règlement Dublin " a été méconnu dès lors qu'à défaut de mention de ses nom et prénom, l'agent ayant mené l'entretien ne peut être identifié afin de vérifier s'il était compétent et qualifié en vertu du droit national ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et les articles 3 et 17 du règlement n°604/2013 dès lors que l'Italie n'est pas en mesure de le prendre en charge et refuse d'instruire sa demande d'asile ;
- il se trouve dans une situation de vulnérabilité exceptionnelle imposant d'instruire sa demande d'asile en France.
Sur la décision d'assignation :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bayada, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du:
- le rapport de Mme, magistrate désignée,
- les observations de Me Moulin représentant M. B conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
- le préfet de Haute-Garonne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant camerounais né le 22 juin 1996 à Foumban (Cameroun) qui déclare être arrivé en France le 2 février 2023, a déposé une demande d'asile le 10 février 2023. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé sa remise aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et de celui du même jour par lequel la même autorité l'a assigné à résidence dans le département de l'Hérault pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la communication de la procédure :
4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et le préfet de la Haute-Garonne a communiqué le dossier de M. B contenant les pièces sur la base desquelles l'arrêté contesté a été pris. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer la communication du dossier.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de transfert vers l'Italie :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été reçu le 10 février 2023 en entretien, dont le préfet a produit, conformément aux stipulations précitées, un résumé contenant les principales informations fournies par le demandeur. Si le requérant soutient que le résumé de l'entretien individuel ne permet pas d'identifier l'agent de la préfecture qui a conduit cet entretien ni de s'assurer que celui-ci a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, ce qui constitue une garantie pour le demandeur d'asile. Toutefois, aucune autre disposition n'impose que le nom, la qualité et la signature de cet agent soient portés sur le résumé de l'entretien individuel, lequel comporte en l'espèce sa signature. De même, aucun élément du dossier n'établit que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national du seul fait que l'agent qui a procédé à cet entretien n'est identifié que par la mention " Préfecture de l'Hérault " et sa signature. En tout état de cause, l'absence de plus de précision sur l'identité dudit agent n'a pas privé l'intéressé de la garantie que constitue le bénéfice de cet entretien individuel. Par ailleurs, le requérant ne fait état d'aucun élément laissant supposer que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement n°604-2013 du 26 juin 2013. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 n'est pas fondé et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".
7. L'Italie étant partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption peut toutefois être renversée lorsque qu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités italiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
8. M. B fait état de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve l'Italie, confrontée à un afflux particulièrement important de réfugiés ce qui révèleraient des défaillances d'une telle ampleur qu'un demandeur d'asile ne pourrait être transféré dans cet Etat sans courir un risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants. Le requérant n'établit toutefois pas que cette circonstance exposerait sa demande d'asile à un risque sérieux de ne pas être traitée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile par les autorités italiennes. Il n'établit pas davantage qu'il existe un risque que les autorités italiennes éloignent automatiquement les demandeurs d'asile, sans aucune garantie procédurale. Par ailleurs, le requérant soutient qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité du fait de sa situation de demandeur d'asile et de son état de santé notamment psychologique, à la suite du naufrage de l'embarcation sur laquelle il a traversé la mer méditerranée. Toutefois, et alors qu'il ressort des termes de l'arrêté contesté que l'autorité préfectorale a examiné s'il y avait lieu de faire application des dispositions susmentionnées de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013, ces seules allégations du requérant ne sont pas suffisantes à établir que le préfet aurait méconnu ces dispositions en estimant que la situation de l'intéressé ne justifiait pas de conserver l'examen de sa demande d'asile. Dans ces conditions les moyens invoqués tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision du préfet au regard de l'article 17 du règlement 604/2013 et de la méconnaissance des articles 33 de la convention de Genève, 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 du règlement 604/2013 ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours :
9. La décision en litige vise l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le transfert de l'intéressé pour l'Italie demeure une perspective raisonnable mais qui ne peut être exécutée immédiatement. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
10. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". L'assignation à résidence prévue par ces dispositions constitue une mesure alternative au placement en rétention, dès lors qu'une mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable et que l'étranger présente des garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à celle-ci. Il ressort des pièces du dossier qu'entre dans le cas prévu par ces dispositions qui permettaient à l'autorité administrative de prononcer son assignation à résidence en vue d'une remise aux autorités italiennes.
11. En l'espèce, la décision contestée assigne à résidence M. B au sein d'une structure de premier accueil des demandeurs d'asile situées à Montpellier et lui fait obligation de se présenter deux fois par semaine auprès du commissariat de Montpellier. Si M. B soutient que les modalités de pointage mise en place dans le cadre de l'assignation à résidence sont excessives dès lorsqu'il est hébergé chez un tiers sur la commune de Lodève, il ne l'établit pas. Par ailleurs il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui avait déclaré une adresse à Montpellier, aurait informé l'administration d'un quelconque changement d'adresse avant l'édiction de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, en retenant les modalités d'exécution de la décision d'assignation à résidence rappelées plus haut le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni n'a édicté une mesure disproportionnée dans ses effets.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
DECIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Moulin.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 11 mai 2023.
La magistrate désignée,
A. BayadaLe greffier,
D. Martinier La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 11 mai 2023
Le greffier,
D. Martinier
N°2302594
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026