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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302607

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302607

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOURRET MENDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2023, M. C B, représenté par Me Bourret Mendel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, sans délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée ne mentionne pas la date à laquelle elle a été notifiée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation dès lors que son parcours en tant que mineur isolé n'a pas été mentionné ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire qui est elle-même illégale ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation dès lors que son parcours en tant que mineur isolé n'a pas été mentionné ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-637 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bossi,

- et les observations de Me Bourret Mendel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité ivoirienne, qui déclare être entré en France en 2013, a été interpellé par les services de police et placé en garde à vue le 1er mai 2023. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme A, signataire de l'arrêté, cheffe de la section éloignement de la préfecture, aux fins de signer notamment tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée ne mentionne pas la date à laquelle elle lui a été notifiée, les conditions de notification de cet arrêté sont sans incidence sur sa légalité.

5. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il est entré en France en tant que mineur isolé et que la décision litigieuse ne fait pas référence à ce parcours, il ne ressort, en tout état de cause, d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait fait mention de sa situation lors de son interpellation et de son placement en garde à vue. Dans ces conditions, le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, n'a pas entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen réel et complet de la situation du requérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales prononcées par le tribunal correctionnel de Montpellier les 15 février 2023, 23 février 2023 et 3 mai 2023 pour vol, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, agression sexuelle, appels téléphoniques malveillants réitérés, exhibition sexuelle, rébellion et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Eu égard à la gravité ainsi qu'au caractère récent et répétitif de ces infractions, la présence de M. B peut être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, l'intéressé qui est célibataire et sans charge de famille, ne conteste pas sérieusement qu'il dispose toujours, ainsi que le fait valoir le préfet dans ses écritures en défense, de frères et de sœurs présents dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, l'obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, à supposer même établies les circonstances qu'il serait entré sur le territoire à l'âge de seize ans et qu'il exercerait une activité professionnelle stable en qualité d'ouvrier dans le bâtiment. Dès lors, le préfet de l'Hérault, qui ne s'est pas fondé sur des éléments matériellement inexacts et n'a pas commis d'erreur d'appréciation, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la mesure d'éloignement litigieuse.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet de l'Hérault dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, la circonstance que l'autorité administrative aurait porté une appréciation erronée sur ses garanties de représentation est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne repose pas sur ces motifs.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit précédemment, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

11. En deuxième lieu, comme indiqué au point 5, si M. B soutient qu'il est entré en France en tant que mineur isolé et que la décision litigieuse ne fait pas référence à ce parcours, il ne ressort, en tout état de cause, d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait fait mention de sa situation lors de son interpellation et de son placement en garde à vue. Dans ces conditions, le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, n'a pas entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen réel et complet de la situation du requérant.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dirigé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour pour une durée de trois ans doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de l'Hérault et à Me Bourret Mendel.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

M. Bossi

Le président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2023.

La greffière,

E. Tournier

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