jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 4 et 31 mai 2023 et le 20 juin 2023, M. C A, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation, en droit et en fait, au regard de sa vie privée et familiale et de l'intérêt de ses enfants ;
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 7 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rigaud, présidente ;
- et les observations de Me Lambert, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant albanais né le 28 janvier 1989, déclare être entré en France le 1er août 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 26 juillet 2016, confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 décembre 2016. Une nouvelle demande d'asile en réexamen auprès de l'OFPRA a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité le 30 mars 2018. M. A a sollicité le 6 décembre 2022 son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 20 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 7 avril 2023. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, le préfet a exposé les circonstances de droit et de faits sur lesquelles il se fonde. Si le requérant fait grief au préfet de ne pas avoir détaillé sa situation familiale et ne pas avoir motivé ses décisions au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'arrêté attaqué vise toutefois la circonstance que l'intéressé est marié et père de deux enfants et qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine où résident ses parents et ses quatre frères. Alors que la décision en litige se fonde principalement sur la menace à l'ordre public que le comportement de M. A représente, et que le préfet n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le 14 février 2017, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours prise par le préfet de l'Aude, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier, que, le 7 juillet 2017, il a été placé en rétention administrative et que, le 18 juillet 2017, il a été reconduit en Albanie de manière coercitive. Il est revenu en France à une date indéterminée et a été écroué et placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Carcassonne du 16 mars 2018 au 20 mars 2018 puis au centre pénitentiaire de Béziers à partir du 20 mars 2018. Le 30 mars 2018, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité sa demande de réexamen. Le 23 mai 2018, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours. Le 7 septembre 2018, la décision de rejet de sa demande de réexamen prise par l'OFPRA a été confirmée par la CNDA. Le 12 mars 2019, M. A a été condamné à une peine de trente-six mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis par le tribunal correctionnel de Carcassonne pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, pour une trentaine de faits commis entre le 31 décembre 2017 et le 2 mars 2018. Il n'est ensuite pas contesté que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis le 24 novembre 2022. Dans ces conditions, nonobstant les efforts de réinsertion dont M. A se prévaut, eu égard à la multiplicité, à la gravité et au caractère relativement récent de ces infractions pénales, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public ni que le préfet aurait entaché ses décisions d'erreur d'appréciation à ce titre.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié à une compatriote albanaise en situation régulière, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans valable jusqu'au 30 mai 2024, et qu'il est père de deux enfants nés en 2014 et 2017 à l'égard desquels il justifie de la réalité des liens qui ont perduré avec sa famille malgré sa détention. Par ailleurs, son épouse est employée par la ville de Montpellier par contrat à durée déterminée expirant le 31 août 2023 susceptible d'être renouvelé et M. A justifie avoir travaillé, courant 2022, en contrat à durée déterminée, en qualité de plongeur, et participé bénévolement auprès du Secours Populaire et de Gammes Issue. Toutefois, eu égard à la gravité des faits dont il s'est rendu coupable, exposés au point 4 du présent jugement, à leur multiplicité et à leur caractère relativement récent, compte tenu du fait qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Albanie et de la durée et des conditions du séjour de M. A en France, et notamment de la menace à l'ordre public qu'il représente, l'arrêté en litige ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Eu égard à la circonstance que la cellule familiale peut se reconstituer en Albanie, pays dont sont ressortissants le requérant et son épouse, à celle que les enfants peuvent y poursuivre leur scolarité, et dans les conditions exposées au point 6 du présent jugement, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
11. D'une part, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. A a déjà fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement non exécutées et que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public, compte tenu de la condamnation prononcée à son encontre et des interpellations dont il a fait l'objet. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est ainsi suffisamment motivée.
12. D'autre part, eu égard aux faits dont M. A est l'auteur, tels qu'exposés au point 4 du présent jugement, et aux conditions de son séjour en France, telles qu'exposées à son point 6, il n'est pas fondé à se prévaloir d'une erreur d'appréciation à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.
14. La requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente ;
Mme Sophie Crampe, première conseillère ;
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
L. Rigaud
L'assesseure la plus ancienne,
S. Crampe
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Junon 00
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026