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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302644

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302644

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, portant la mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir au besoin sous astreinte et, à titre subsidiaire, de renouveler son autorisation provisoire de séjour en qualité d'étranger malade, et/ou réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir au besoin sous astreinte ;

3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Bautes au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

* En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré 30 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard ;

- et les observations de Me Llinares, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 3 janvier 1979, de nationalité albanaise, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que le préfet communique l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à l'étranger sollicitant un titre de séjour en raison de son état de santé. En outre, le préfet des Pyrénées-Orientales produit, en défense, l'avis du collège des médecins de l'OFII du 5 décembre 2022, concernant l'état de santé de Mme A. Par suite, le moyen tiré de ce que l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII ne permet pas de vérifier la régularité de la procédure suivie doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". "

4. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie à laquelle l'avis du collège de médecins de l'OFII est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger, et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. D'autre part, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre de plusieurs pathologies, notamment affectant sa thyroïde, qui justifient une prise en charge multidisciplinaire et un traitement médicamenteux ainsi qu'il résulte des différents certificats médicaux produits par des médecins spécialistes. Dans son avis du 5 décembre 2022, si le collège de médecins de l'OFII a estimé que le défaut de prise en charge médicale de Mme A pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. L'attestation réalisée par un médecin spécialiste albanais indiquant, sans autres précisions, l'impossibilité de réaliser une intervention chirurgicale sur la thyroïde de l'intéressée, n'est pas suffisante à établir l'impossibilité pour Mme A de bénéficier d'un traitement approprié alors qu'en outre, et en tout état de cause, Mme A n'établit pas qu'elle n'aurait pas pu bénéficier de l'intervention chirurgicale de lobo-isthmectomie de la glande thyroïde prévue le 22 mai 2023. Dans ces conditions la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3 de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9. La décision portant refus de séjour mentionne que le collège des médecins de l'OFII a indiqué, dans son avis du 5 décembre 2022, que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de Mme A pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, et dès lors que l'arrêté attaqué indique les motifs du refus du titre de séjour sollicité, l'avis n'avait pas à être indexé à ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Mme A est entrée sur le territoire français le 1er septembre 2021 accompagnée de son époux et de ses enfants pour y effectuer une demande d'asile. Sa demande [PB1] a été rejetée pour irrecevabilité le 27 septembre 2021 par l'OFPRA confirmée, par la CNDA le 4 juillet 2022. Son époux a par ailleurs été définitivement débouté de l'asile suite au rejet de sa demande de réexamen et du recours formé auprès de l'OFPRA confirmé par la CNDA en 2022. Par ailleurs, la requérante [PB2] ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière sur le territoire La circonstance que Mme A souffre d'une pathologie psychologique, dont la prise en charge est plus favorable sur le territoire français, et qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public n'est pas de nature à établir l'existence d'un intérêt privé et familial sur le territoire français alors que rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Albanie, pays où[PB3] la requérante a vécu la majeure partie de sa vie et dont son époux et ses enfants possèdent la nationalité. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté, au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, Mme A ne peut utilement soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible (à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse), a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale en restreignant sa liberté d'établissement.

13. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

14. Mme A n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations susceptibles d'établir qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle serait personnellement et directement exposée à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Bautes.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

J.-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2023.

La greffière,

E. Tournier

[PB1]

[PB2]

[PB3]

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