jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BAUDARD MELANIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 10, 19 mai et 10 juillet 2023 et des pièces, enregistrées le 21 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Baudard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation au regard de sa vie privée et familiale ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 7 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corneloup, présidente.
Vu des pièces complémentaires enregistrées en délibéré le 11 septembre 2023 présentées pour Mme B A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante cubaine née le 19 août 1993, est entrée en France le 2 décembre 2017 sous couvert d'un visa court séjour valable du 11 novembre au 16 décembre 2017. Le 25 avril 2018, elle a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français valable du 25 avril 2018 au 24 avril 2019, renouvelée à deux reprises jusqu'au 24 avril 2021. Le 20 mai 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mais n'ayant pas donné suite aux demandes de pièces complémentaires, sa demande a été classée sans suite le 19 janvier 2022. Mme B A déclare, sans le justifier, être ensuite revenue en France, via l'Espagne, le 7 octobre 2022, sous couvert d'un visa de retour valable du 14 juillet au 12 octobre 2022. Le 3 novembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 18 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme B A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, le préfet, après avoir rappelé les conditions d'entrée en France et les titres de séjour dont Mme B A a disposé, a également mentionné son mariage avec un ressortissant français, la naissance de ses deux enfants français, sa séparation de son époux et son retour à Cuba en juillet 2021 chez ses parents, chez qui ses enfants résident depuis cette date. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une insuffisance de motivation au regard de sa vie privée et familiale. Le moyen sera dès lors écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A, séparée depuis janvier 2022 de son époux, ressortissant français, est mère de deux enfants français, nés les 14 février 2018 et 5 février 2020. Toutefois, ainsi qu'en atteste son courrier joint à sa demande de titre de séjour, ses enfants sont en garde chez ses parents à Cuba depuis juillet 2021. Si elle fait valoir que cette situation était temporaire le temps pour elle de pouvoir les accueillir dans de bonnes conditions après l'obtention de son titre de séjour, elle n'apporte cependant pas, par la seule production d'assurances scolaires pour 2022-2023 et d'une attestation d'inscription scolaire pour l'année 2023-2024, d'éléments suffisants, permettant de démontrer qu'elle entretiendrait des liens avec ses enfants ou qu'elle participerait effectivement à leur éducation alors qu'en outre, elle en est séparée depuis un an et demi. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, opposer à Mme B A la circonstance qu'elle ne justifie pas de sa contribution à l'éducation de ses enfants pour refuser de renouveler son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant visée ci-dessus : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
6. Ainsi qu'il a été précédemment exposé au point 4 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B A contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs. Ainsi, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Ainsi qu'exposé précédemment, il résulte de l'instruction que Mme B A s'est séparée de son époux en janvier 2022 et qu'elle n'établit pas l'effectivité de ses liens avec ses enfants. Dans ces conditions, la requérante, qui ne démontre par ailleurs aucune insertion socio-professionnelle, n'établit pas avoir durablement fixé le centre de sa vie privée et familiale en France à la date de la décision attaquée. Par suite, la décision de refus de séjour contestée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet acte a été pris. Mme B A n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
9. En dernier lieu, pour contester la décision attaquée, Mme B A soutient que le préfet aurait dû, préalablement à l'examen de sa demande, saisir la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 432-13 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte des dispositions de cet article que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées audit article, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que Mme B A ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu de soumettre la situation de Mme B A à la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
10. En premier lieu, dès lors que le refus de titre de séjour est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, la motivation de cette obligation, qui se confond avec celle de la décision portant refus de droit au séjour, n'implique pas de mention spécifique. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour comporte les énoncés de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.
11. En deuxième lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour étant rejetées, la requérante ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que précédemment, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu, en décidant son éloignement du territoire, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du préfet de l'Hérault lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B A, au préfet de l'Hérault et à Me Baudard.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La Présidente-rapporteure,
F. Corneloup
L'assesseure la plus ancienne,
M. C
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 septembre 2023
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026