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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302722

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302722

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 mai 2023 et 23 août 2023, Mme C, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étranger malade " ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas reçu l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et en ce qu'elle n'a pas fait l'objet d'une évaluation spécifique à ses troubles psychologiques ;

- méconnaît l'article L. 425-9 et l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à son état de santé ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance du 12 avril 2023 du président de la Cour administrative d'appel de Toulouse qui a annulé la décision du 21 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Lambert, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 1er juin 1975 et de nationalité albanaise, déclare être entrée sur le territoire français en septembre 2018, accompagnée de son fils. Elle a sollicité le 13 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 15 septembre 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours de la requérante, notamment sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 août 2022. Par ailleurs, le préfet de l'Hérault n'avait pas à mentionner dans la décision attaquée tous les éléments de la situation personnelle invoqués par la requérante. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 août 2022 a été produit par le préfet de l'Hérault dans la présente instance. D'autre part, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a apprécié la situation médicale de la requérante sur la base des éléments qu'elle a produit, lesquels étaient afférents à ses pathologies, notamment psychiatriques. Contrairement à ce que soutient la requérante, il n'existe aucune procédure spécifique ou dérogatoire pour ce type de pathologies. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pris en ses deux branches doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Et aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

5. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie à laquelle l'avis du collège de médecins de l'OFII est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger, et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Par un avis du 12 août 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins en Albanie, elle pourra effectivement y disposer d'un traitement approprié. Mme B produit des certificats médicaux antérieurs à cet avis qui, s'ils établissent la gravité de son état de santé, ne contredisent pas la disponibilité des traitements en Albanie dont elle aurait encore besoin. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ".

8. Si la requérante soutient que le préfet a commis une erreur d'appréciation en désignant l'Albanie comme pays de renvoi alors qu'elle encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine eu égard aux violences exercées par son ancien époux et que le simple fait de retourner en Géorgie risque de la faire décompenser, il ressort des termes même de l'arrêté en litige que le préfet a désigné, outre le pays de nationalité, tout pays dans lequel la requérante serait légalement admissible. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme B, qui invoquait des violences conjugales, a été rejetée par l'OFPRA le 2 mai 2019 et par la CNDA le 26 novembre 2020 en considérant que les craintes de mauvais traitement dans son pays d'origine, du fait de l'absence d'action des autorités albanaises, n'étaient pas fondées. La requérante n'apporte aucun élément nouveau dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait fait une inexacte application des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D B, à Me Mazas et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 21 septembre 2023.

La greffière,

A. Junon

aj

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