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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302759

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302759

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2023, M. B D, représenté par Me Kouahou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a déposé une demande d'asile en Espagne et qu'ainsi le préfet aurait dû prendre une décision de réadmission vers ce pays et non une obligation de quitter le territoire ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bossi, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bossi ;

- et les observations de Me Kouahou, représentant M. D, présent et assisté de M. A C, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre Etat membre de l'Union européenne ou d'un Etat dans lequel s'applique l'acquis de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux Etats membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat. Enfin, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile, dès lors que les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces Etats, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et suivants du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 572-1 du même code.

4. En l'espèce, si le préfet des Pyrénées-Orientales fait valoir que M. D n'a fait à aucun moment mention d'une quelconque demande d'asile en Espagne lors de son audition le 11 mai 2023 par les services de police, il ressort toutefois des pièces du dossier que lors de cette audition l'intéressé a déclaré vivre à Barcelone en Espagne et a évoqué un document de demande d'asile expiré. Suite à la demande de prise d'empreintes présentée par l'intéressé en rétention, la consultation du système Eurodac, le 14 mai 2023, soit après la notification de la mesure d'éloignement, a confirmé que l'intéressé avait notamment effectué une demande d'asile en Espagne le 21 juillet 2021 et le préfet des Pyrénées-Orientales a alors effectué, le même jour, une demande de remise de l'intéressé auprès des autorités de ce pays. Cependant, la légalité d'une décision administrative s'appréciant à la date où elle intervient, elle s'apprécie au regard de la situation de fait existant à cette date, quand bien même elle n'aurait pas été portée à la connaissance de l'administration. Dans ces conditions, M. D ayant déposé une demande d'asile en Espagne, dont il n'est pas établi ni même soutenu qu'elle aurait fait l'objet d'une décision de rejet définitif émanant des autorités espagnoles, l'intéressé ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français alors même que le préfet des Pyrénées-Orientales n'avait pas eu connaissance de cette confirmation à la date de la décision attaquée.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions prises le même jour à l'encontre du requérant par le préfet des Pyrénées-Orientales portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, qui ont été prises sur le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être annulées.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans est annulé.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La magistrate désignée,

M. BossiLa greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mai 2023.

La greffière,

C. Touzet

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