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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302760

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302760

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantGHIAMAMA MOUELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023 et un mémoire enregistré le 17 mai 2023, M. E G, représenté par Me Ghiamama Mouelet, demande au tribunal :

1°) de prendre acte qu'il sollicite l'assistance d'un avocat commis d'office ainsi que d'un interprète en langue moldave ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour d'un an ;

4°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle a été prise en violation de son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et par les principes généraux des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur le refus d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale puisqu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- il justifie de circonstances humanitaires qui faisaient obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

- la durée de l'interdiction de retour est entaché d'erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mai 2023 :

- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée

- les observations de Me Ghiamama Mouelet, représentant M. G, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et de M. G, assisté de Mme A, interprète en langue moldave.

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant moldave né le 10 janvier 1999, déclare être entré en France en 2022. Par un arrêté du 12 mai 2023, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'un an. M. G, placé au centre de rétention administrative de Sète, demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C F, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet du Var, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Var, en vertu de la délégation que le préfet du Var lui a donné, par l'article 3 de l'arrêté du n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs n°55 du même jour, à l'effet de signer notamment tous actes, décisions en matière de police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture du Var et de la directrice de cabinet du préfet du Var. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général et la directrice de cabinet du préfet du Var n'auraient pas été absents ou empêchés à la date du 12 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte aussi de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, lequel se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. G ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, prise par une autorité d'un Etat membre, méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. En revanche, il peut utilement invoquer à l'appui de la décision contestée la méconnaissance du droit d'être entendu, lequel fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de sa garde à vue, M. G a été entendu sur sa situation administrative par les services de polices le 11 mai 2023. Il en ressort également qu'au cours de cette audition l'intéressé a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ainsi que d'un placement en rétention, qu'il a été mis à même de présenter ses observations. Il a d'ailleurs à ce titre déclaré ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine et avoir un enfant né en France il y a sept mois. M. G a donc été mis en mesure d'exposer de manière effective l'ensemble des observations sur sa situation qu'il estimait utile et qui aurait été susceptible d'influer sur le prononcé ou les modalités de la mesure d'éloignement envisagée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu découlant des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation, en particulier au regard des stipulations précitées, doit être écarté.

9. M. G, se prévaut de sa situation de concubinage avec l'une de ses compatriotes, Mme B D et de la naissance, le 14 décembre 2022, de leur enfant. Cependant, sa concubine est également en situation irrégulière et il ne ressort pas des pièces du dossier que leur enfant bien que né en France ait la nationalité française. Dans le cadre de l'instance M. G fait état de ce que sa concubine est atteinte d'épilepsie. Cependant il ne justifie pas par les pièces versées aux débats que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, en tout état de cause, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'état de santé de sa concubine ne lui permettrait pas de voyager sans risque vers la Moldavie et ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans ce pays dont ils sont tous deux originaires. M. G qui déclare être entré pour la dernière fois en France en 2022, ne justifie pas, par ses allégations et les pièces qu'il verse au débat, avoir constitué en France le centre de ses intérêts privés et familiaux ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et sa grand-mère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans au moins. Il ne justifie pas d'une insertion particulière en France. Par suite, le es moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.

10. En dernier lieu, aux termes de 1'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

11. Eu égard au jeune âge de l'enfant de M. G et à la circonstance que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Moldavie, la décision contestée ne porte pas d'atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant et ne méconnait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; ()".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. G ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français, n'a effectué aucune demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation administrative, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Le préfet du Var pouvait légalement, en se fondant ses seules circonstances considérer que l'intéressé entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

14. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur manque en fait et doit être écarté.

15. En deuxième lieu, M. G, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

17. Comme il a été dit, M. G s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Si il se prévaut de ce qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ou précédente mesure d'éloignement ces circonstances ne sauraient constituer des circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Il ne justifie pas davantage de l'existence de telles circonstances en se bornant à soutenir que le prononcé d'une interdiction de retour ferait " obstacle à la régularisation de sa situation administrative ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

19. M. G ne démontre pas par les pièces qu'il verse au débat vivre en France depuis quatre ans alors qu'il a par ailleurs déclaré être revenu pour la dernière fois sur le territoire français en 2022. Par ailleurs, il s'y maintien depuis en situation irrégulière. Enfin, comme il a été dit, il se prévaut essentiellement de la présence en France de sa concubine, elle-même en situation irrégulière et de son enfant, dont la naissance en France ne saurait automatiquement lui conférer la nationalité française. Par suite, à supposer même que la présence de l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni même commis une erreur d'appréciation. En outre, la décision en litige prise pour la durée précitée n'apparaît pas disproportionnée.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. G tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 12 mai 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E

Article 1 er: M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Me Ghiamama Mouelet et au préfet du Var.

Lu en audience publique le 17 mai 2023.

La magistrate désignée,

P. VILLEMEJEANNELe greffier,

D. MARTINIER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 mai 2023.

Le greffier,

D. MARTINIER

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