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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302857

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302857

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMURAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai et 26 juin 2023, complétés par une pièce le 28 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Murat, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 26 janvier 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

2°)d'enjoindre au préfet de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade ou au titre de la vie privée et familiale, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°)d'ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°)de condamner l'Etat à payer la somme de 1 500 euros à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté a été pris selon une procédure irrégulière en l'absence de justification de la régularité de l'avis du collège des médecins ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa demande ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français dont il est excipé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable compte tenu de sa tardiveté ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 avril 2023, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme A l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 5 juin 1964, est entrée régulièrement en France le 21 janvier 2017 et s'est maintenue à l'expiration de son visa court séjour valable jusqu'au 16 avril 2017. Elle a sollicité en septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir son état de santé et sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 26 janvier 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine.

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été précédé d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 17 janvier 2023, produit à l'instance par le préfet, revêtu de la signature des trois médecins composant ledit collège et qui mentionne le nom, distinct des précédents, du médecin rapporteur. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure, qui n'a pas été précisé à la suite de la communication de cet avis, manque en fait et doit être écarté.

3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante et notamment de la question des possibilités d'accès aux soins dans son pays d'origine et qu'il se serait cru, à tort, lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En outre il ressort également des termes de l'arrêté que le préfet a bien tenu compte de la présence en France de la fille de la requérante, de nationalité française. Le moyen tiré des erreurs de droit invoquées par la requérante doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Pour refuser à Mme A le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 17 janvier 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut néanmoins, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays et a estimé qu'aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire cet avis.

6. Mme A, qui n'a pas levé le secret médical, se borne à contester la possibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine, sans apporter aucun élément au soutien de son moyen, alors qu'il lui appartient d'apporter des éléments de nature à contredire l'avis émis par le collège des médecins sur ce point. Dans ces conditions, son moyen tiré de l'erreur d'appréciation qui aurait été commise par le préfet au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est assorti d'aucune précision, ne peut qu'être écarté.

7. Dès lors, ainsi qu'il l'a été dit aux points précédents, que Mme A a la possibilité d'accéder aux soins nécessités par son état de santé dans son pays d'origine, elle n'établit pas que la mesure d'éloignement contestée la contraindrait à interrompre le suivi médical dont elle bénéficierait actuellement. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui en résulterait doit donc être écarté.

8. Enfin, Mme A se borne à justifier de la présence en France de sa fille, de nationalité française, âgée de 37 ans, et atteste que celle-ci l'héberge et qu'elle est isolée dans son pays d'origine. Elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité d'un séjour continu depuis son arrivée en janvier 2017 ni d'une quelconque intégration sociale ou professionnelle sur le territoire. Elle ne justifie pas non plus de la nécessité alléguée de ne pas vivre seule au regard de son état de santé. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas retourner dans son pays d'origine, où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 53 ans, les moyens tirés de l'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, en l'état des éléments produits, être écartés.

9. Compte tenu de ce qui précède le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 26 janvier 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Murat.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 septembre 2023

La greffière,

A. Junon

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