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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302876

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302876

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMESANS CONTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Mesans-Conti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3.1 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination:

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut être éloigné vers l'Ukraine, pays dont ils ont la nationalité, du fait du conflit armé qui s'y déroule.

Par un mémoire enregistré le 28 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, le délai de quarante-huit heures étant expiré lors de l'introduction de son recours ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viallet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ressortissant ukrainien né le 19 avril 1975, déclare être entré en France pour la première fois en décembre 2019, être reparti en Ukraine avant de revenir sur le territoire au début de l'année 2022 muni de son passeport. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 janvier 2021. Il a fait l'objet le 2 avril 2021 d'une décision portant obligation de quitter le territoire avec délai assortie d'une interdiction de retour de quatre mois. En raison du contexte de conflit armé en Ukraine, il a obtenu une autorisation provisoire de séjour mention " bénéficiaire de la protection temporaire " délivrée par le préfet de l'Hérault, valable du 20 septembre 2022 au 19 mars 2023, non renouvelée en raison de son comportement représentatif d'une menace à l'ordre public. L'intéressé a été interpelé le 13 mai 2023 à Béziers et placé en garde à vue pour des faits de vol à l'étalage. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête soulevée par le préfet :

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Le II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative rappelle le délai de recours de 48 heures prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation ". Il résulte de ces dispositions que, pour être recevable, la requête doit être présentée au greffe du tribunal, pour y être enregistrée, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions. Ce délai de quarante-huit heures ne saurait recevoir aucune prorogation.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 14 mai 2023, le préfet de l'Hérault a obligé M. A à quitter le territoire français et lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par ailleurs, l'arrêté en litige, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifié au requérant le 14 mai 2023 à 14h55. Ainsi, le requérant disposait d'un délai de quarante-huit heures pour présenter sa requête au greffe du tribunal administratif, soit au plus tard jusqu'au 16 mai 2023 à 14h55. Par suite, la requête de M. A tendant à l'annulation de cet arrêté, présentée au greffe du tribunal le 17 mai 2023 à 18h55 est tardive et la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Hérault doit être accueillie.

DECIDE:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 septembre 2023,

Le greffier,

S. Sangaré

gm

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