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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302883

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302883

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP DESSALCES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 19 mai 2023, M. A C, représenté par la SCP Desssalces, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-340-218 du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et subsidiairement de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée en application des dispositions des articles L. 212-2 et 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnait les stipulations de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision faisant obligation de quitter le territoire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision faisant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le jugement n °1703014 du 17 octobre 2017 du tribunal administratif de Montpellier et l'arrêt n° 18MA02171 de la cour administrative d'appel de Marseille du 17 octobre 2019.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteur.

1. M. C, ressortissant marocain né en 1963, déclarant être entré irrégulièrement sur le territoire national en août 2001, a demandé le 9 février 2023 un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et de 10 ans de présence sur le territoire français. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 2022-340-218 du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Il demande en outre que soit enjoint la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, que le refus de titre de séjour mentionne notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les éléments de faits propres à la situation personnelle de M C, tenant à sa situation familiale et à la promesse d'embauche qu'il a fait valoir. La circonstance que le préfet n'indique pas en quoi la promesse d'embauche en qualité de carroteur ne permet pas une régularisation à titre exceptionnel n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, la décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au sens des dispositions précitées doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Cette droite comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

5. En tout état de cause, il n'est pas établi ni même allégué en l'espèce, que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations ou de communiquer des informations utiles avant que ne soit prise l'arrêté attaqué. La seule circonstance que le préfet n'ait pas procédé à un examen contradictoire de son dossier alors que M. C, du fait de sa demande, était en mesure de présenter à l'administration, durant toute la phase d'instruction de son dossier, des observations et éléments utiles quant à sa situation, n'est pas de nature à permettre de regarder le requérant comme ayant été privé de son droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Enfin, il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Si au soutien de sa demande de titre, M. C fait valoir résider de manière continue sur le territoire national depuis plus de 10 ans, il n'en justifie pas dès lors qu'il ne produit que des factures, une demande d'aide médicale ou des documents médicaux, des avis d'imposition attestant tout au plus d'une présence épisodique en France depuis 2013, en particulier entre 2015 et 2017. Il ne conteste pas avoir son épouse et quatre enfants au B où il ne serait dès lors pas isolé. De même, une promesse d'embauche obtenue en novembre 2022 ne saurait, alors qu'il prétend être en France depuis 2001, démontrer une réelle volonté d'intégration. Ainsi M. C ne justifie pas qu'il aurait reconstitué en France le centre de ses intérêts privées et familiaux. Dans ces conditions, et eu égard notamment aux conditions de son séjour sur le territoire national, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été pris l'arrêté attaqué. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire :

9. La décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par M. C doit être écartée.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ;

11. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

Sur la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :

12. Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise par arrêté du 30 janvier 2019 qu'il n'a pas respectée malgré sa confirmation par le tribunal de céans et par la cour administrative d'appel de Marseille par les jugement et arrêt susvisés. Dans ces conditions, et nonobstant le fait que sa présence sur le territoire français ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle rappelée au point 7, est de nature à justifier légalement dans son principe et dans sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée.

14. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A C et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à la SCP Dessalces.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023 , à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 septembre 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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