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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302884

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302884

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés les 19 et 26 mai 2023, M. B D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ainsi que son assignation à résidence dans la commune de Perpignan pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France depuis quasiment dix ans ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant l'interdiction de retour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision prononçant son assignation à résidence :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né en 1993, a été interpellé par les services de la police aux frontières de Perpignan le 17 mai 2023. Par arrêté du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire national sans délai, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et a prononcé son assignation à résidence pour une durée de six mois. Par la présente, requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. A, directeur de la citoyenneté et de la migration. Par un arrêté du 14 avril 2023, produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. A délégation à l'effet de signer les décisions, actes, correspondances et documents relatifs notamment à l'accueil des étrangers et aux mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien prévoient la délivrance d'un certificat de résidence au ressortissant algérien : " qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a résidé en qualité d'étudiant ".

4. M. D soutient qu'il réside habituellement en France depuis 2013, soit depuis quasiment dix ans à la date de la décision attaquée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a d'abord été admis à séjourner en France en qualité d'étudiant jusqu'en 2017 de sorte qu'il ne saurait, en tout état de cause, se prévaloir des stipulations précitées pour établir une atteinte portée à un droit au séjour. Il a été destinataire le 26 décembre 2017 d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. S'il se prévaut de la présence régulière en France de son frère et de sa sœur et de ce que son père y a vécu jusqu'à son décès, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où réside sa mère et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, en se bornant à produire une attestation louant son intégration au sein du club de football arsenal croix d'argent il n'apporte pas suffisamment d'éléments relatifs à une intégration sociale ou professionnelle sur le territoire national. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et notamment de la durée de sa présence sur le territoire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D, célibataire et sans charge de famille en France, ne démontre pas pour les mêmes motifs que précédemment exposés au point 4, qu'il aurait déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire national à destination de l'Algérie, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public.

9. S'il est vrai que le requérant est entré en France au cours de l'année 2013 pour y suivre des études, il ressort des pièces du dossier qu'il s'y maintient irrégulièrement, selon ses propres déclarations depuis 2017, alors qu'il a été destinataire en décembre 2017 d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. En outre s'il fait état et justifie de la présence régulière en France de son frère et de sa sœur, chez laquelle il réside, il n'apporte pas d'éléments précis sur l'intensité de leurs relations ainsi que sur celles qu'il aurait tissées sur le territoire national. Dans ces conditions, alors même que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ne peut être regardé comme justifiant de considérations humanitaires. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, donc, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

11. La décision litigieuse prévoit que M. D soit assigné à résidence pour une période de six mois à compter du 17 mai 2023 dans la commune de Perpignan, et qu'il est tenu, à ce titre de se présenter tous les mardis à 9h00, aux services de la Police aux frontières située à Perpignan, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. D justifie résider dans le département de l'Hérault. Dans ces conditions, en l'assignant dans un lieu distinct de celui où il réside sans en indiquer les raisons, le préfet des Pyrénées-Orientales a entaché d'illégalité la décision portant assignation à résidence. Il y a lieu, par suite, d'annuler cette décision.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il attaque qu'en tant qu'il prononce son assignation à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'annulation de la décision portant assignation à résidence n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que M. D, admis à l'aide juridictionnelle totale, demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 17 mai 2023 est annulé en tant qu'il prononce l'assignation à résidence de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Eva Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La rapporteure,

I. C

Le président,

J-Ph. GayrardLa greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2023.

La greffière,

E. Tournier

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