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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302983

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302983

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la notification d'une nouvelle décision, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en l'absence d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- il méconnaît les articles L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le préfet ayant méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 8 juin 1980, est entrée en France, selon ses déclarations, pour la première fois en 2015, puis en dernier lieu en 2018, munie d'un visa étudiant. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, régulièrement renouvelé jusqu'en 2022, dont elle a sollicité le renouvellement le 22 octobre 2022. Par un arrêté du 7 février 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 23 août 2022, publié au recueil spécial des actes administratifs du même jour, le préfet du département des Pyrénées-Orientales a délégué sa signature à M. M., en sa qualité de secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, au nombre desquels figure l'arrêté attaqué. Le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du même code énonce que la motivation ainsi exigée doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que sont mentionnés les différents textes applicables à la situation de Mme B, notamment l'accord franco-marocain susvisé du 9 octobre 1987 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les considérations tenant aux conditions de séjour en France de Mme B en qualité d'étudiante ainsi que l'ensemble des éléments tenant à sa situation personnelle et familiale, de sorte que la décision attaquée est suffisamment motivée, et le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des éléments que Mme B fait valoir, que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait omis de prendre en compte des éléments portés à sa connaissance et aurait, ainsi, entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressée, de sorte que le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser le droit au séjour de l'intéressée, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé, notamment, sur le motif tiré de l'absence de sérieux et de progression dans les études poursuivies, à défaut de tout diplôme obtenu en quatre années, malgré une réorientation. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, inscrite initialement en licence de droit à l'université de Perpignan, a été ajournée à deux reprises en 2018/2019 et en 2019/2020, puis n'a pas validé son année 2020/2021 en raison de son abandon. Elle s'est, par la suite, réorientée vers une licence de sociologie, qu'elle n'a pas validé lors de l'année universitaire 2021/2022, et qui est toujours en cours à la date de l'arrêté attaqué. Par conséquent, et ainsi que le souligne le préfet, Mme B n'a obtenu aucun diplôme universitaire en quatre années d'études. Si elle fait valoir les problèmes de santé dont elle a souffert et qui auraient généré ses échecs, elle ne produit au débat que des certificats médicaux datés postérieurement à 2021, peu lisibles et circonstanciés pour expliquer l'incidence de son état de santé sur le déroulement normal de son cursus universitaire depuis 2018. En outre, il ressort des termes du courrier du 20 janvier 2022 que Mme B a adressé au préfet qu'elle ne fait état que des difficultés matérielles concernant son échec lors de l'année universitaire 2020/2021. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble des éléments versés au dossier, Mme B ne justifie pas de la réalité et du sérieux des études universitaires suivies depuis 2018 et, par conséquent, n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait, par l'arrêté attaqué, porté sur sa situation une appréciation erronée et ainsi méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage qu'il aurait commis une erreur de fait.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. S'il est constant que Mme B est présente en France depuis 2018, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est arrivée sur le territoire à l'âge de 38 ans, en qualité d'étudiante, et qu'elle n'établit pas l'absence d'attaches dans son pays d'origine. En outre, elle fait valoir la relation sentimentale qu'elle a noué avec un ressortissant français, âgé de 83 ans à la date de l'arrêté contesté, chez qui elle était logée à son arrivée sur le territoire. A cet égard, elle produit au débat une attestation sur l'honneur de communauté de vie datée du 11 mai 2023 ainsi qu'une attestation sur l'honneur de son conjoint établie le 29 juin 2023, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, une attestation d'assurance habitation à leurs deux noms, mentionnant Mme B en qualité de conjointe, datée du 15 octobre 2022, ainsi qu'un justificatif d'abonnement d'électricité aux deux noms, portant sur la période du 3 décembre 2019 au 27 juin 2023, et une attestation de prise en charge financière de l'intéressée, en qualité d'étudiante majeure, par le ressortissant français, datée du 24 octobre 2018. Or, il ressort des différentes pièces versées que Mme B, qui n'a au demeurant sollicité son droit au séjour qu'en qualité d'étudiante, s'est déclarée, lors de sa demande de visa le 10 novembre 2018, mariée, puis célibataire auprès des services de la préfecture. Dans ces conditions, en dépit des différents éléments versés, l'ensemble des pièces du dossier sont insuffisantes pour établir l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens personnels noués par Mme B sur le territoire français. Dès lors, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas, par l'arrêté attaqué, porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B, qui n'a sollicité le droit au séjour qu'en qualité d'étudiante, de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur de fait en édictant l'arrêté contesté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

11. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B a signé, le 3 avril 2019, un contrat à durée déterminée, puis le 2 octobre 2020, un contrat à durée indéterminée avec le même employeur en qualité d'employée polyvalente, ces engagements demeurent, en dépit des efforts louables d'intégration professionnelle de l'intéressée, à temps incomplet, générant ainsi des revenus irréguliers et ne peuvent, à eux seuls, caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire, justifiant que le préfet fasse usage de son pouvoir de régularisation, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, malgré les diplômes de maîtrise de langue française et d'auxiliaire de vie sociale, obtenus en France en 2018 et 2019, Mme B, qui n'a sollicité son droit au séjour qu'en qualité d'étudiante, n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales a porté, par l'arrêté attaqué, une appréciation manifestement erronée sur sa situation.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision de refus de titre de séjour en litige est suffisamment motivée. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la mesure d'éloignement prise sur son fondement n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement ainsi que la décision fixant le pays de destination en litige seraient entachées d'incompétence, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen, d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation, d'une erreur de droit, de ce qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation de Mme B doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment en ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour.

15. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 34, 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La rapporteure,

E. Delon

Le président,

J-P. GayrardLa greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2023.

La greffière,

E. Tournier

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