mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302997 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | NDOYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, M. A C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Perpignan, représenté par Me Ndoye, demande au tribunal :
1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 mai 2023, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il vit en France depuis 2018, où ses parents et sa sœur résident en situation régulière ; son père et une de ses sœurs ont la nationalité française ; sa mère et une autre sœur bénéficient d'une autorisation de séjour de dix ans ; il est hébergé chez sa mère à Vitry-sur-Seine ; il maîtrise la langue française ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle repose sur une erreur de fait, en relevant qu'il n'a aucune attache sur le territoire national alors que son père et une de ses sœurs ont la nationalité française et que sa mère et une autre sœur séjournent en France régulièrement ;
- au regard de ces éléments elle présente un caractère disproportionné ;
- il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;
- la seule circonstance qu'il a été condamné à trois mois d'emprisonnement, pour conduite sans permis sous l'emprise de l'alcool, ne suffit pas à caractériser une menace pour l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- et les observations de Me Ndoye, avocate de M. C, qui persiste dans ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 11 mars ou le 22 décembre 1994, de nationalité comorienne, a été interpelé le 16 mars 2023 par les services de police et placé en garde à vue pour des faits de défaut de permis de conduire et de défaut d'assurance. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions tendant à la production de l'entier dossier :
2. Le préfet a produit les pièces relatives à la situation administrative de M. C en sa possession. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances en l'espèce, d'ordonner la communication des pièces demandées par le requérant détenues par l'administration.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
4. En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. D B, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. B une délégation à l'effet de signer, notamment, l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, M. C, qui n'a pas d'enfant selon ses propres déclarations, ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisant obstacle à l'éloignement d'un parent d'enfant français lorsqu'il contribue à son entretien et à son éducation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " . Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, âgé de 28 ans, est célibataire et sans enfant. Il n'est pas contesté qu'il a en France son père, sa mère et deux sœurs, ressortissants français ou autorisés à séjourner sur le territoire français. Il n'établit pas la situation de concubinage dont il prévaut désormais, au moyen d'une attestation rédigée pour les besoins de la cause, selon laquelle il résiderait sur le territoire de la commune de Perpignan avec sa compagne, ce qui est contredit par une autre attestation, selon laquelle il résiderait sous le toit de sa mère et de son beau-père sur le territoire de la commune de Vitry-sur-Seine. Entré irrégulièrement en France en 2018, il ne justifie d'aucune démarche tendant à obtenir la régularisation de sa situation. Il ne conteste pas avoir commis en 2022 et 2023 des faits de conduite sans permis sous une identité d'emprunt. Il a été condamné le 17 mars 2023 par le tribunal correctionnel de Perpignan à une peine de trois mois d'emprisonnement pour conduite sans permis sous l'emprise d'un état alcoolique. Ainsi qu'il l'a déclaré lors de son audition de police du 16 mars 2023, il n'est pas isolé dans son pays d'origine, où réside sans grand-mère, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Dans l'ensemble de ces conditions, le requérant, qui n'apporte aucun élément relatif à son intégration dans la société française, n'est pas fondé à invoquer une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par M. C n'est de nature à faire regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, si le préfet a estimé pour prendre la mesure d'interdiction de retour que M. C ne justifiait d'aucune attache réelle sur le territoire national, c'est après avoir pris en compte la circonstance que l'intéressé déclarait que ses parents et sa fratrie résidaient en France. Dès lors la décision ne repose pas sur des faits matériellement inexacts. Le moyen correspondant doit donc être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
12. Il ressort des pièces du dossier que si M. C est présent sur le territoire national depuis 2018, l'intéressé, célibataire sans enfant, a passé la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. S'il a des attaches familiales en France, il ne justifie d'aucune intégration et les faits relevés au point 8 permettent de considérer que sa présence représente une menace pour l'ordre public. Ainsi, alors même que M. C n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée.
13. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. C doit être rejeté.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Ndoye.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.
Le magistrat désigné,
J. BACCATILa greffière
C. TOUZET
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 juin 2023.
La greffière
C. TOUZET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026