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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303006

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303006

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 24 mai 2023 et le 24 août 2023, M. D C, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de l'Hérault du 25 février 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur les décisions de refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation car il n'est pas fait mention de son beau-fils et de son parcours de soin particulier ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure faute de production de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elles méconnaissent les articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il n'y a pas de traitement approprié et accessible à son état de santé en Géorgie alors que celui-ci se dégrade ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure car la préfecture lui a opposé le contenu des fichiers de traitement des antécédents judiciaires sans respecter les garanties prévues par l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- les décisions méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à l'ancienneté de son séjour, les perspectives de sa famille en France et leurs efforts d'intégration ;

- les décisions méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant étant donné le parcours sportif de son beau-fils ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur de fait ou d'un défaut d'examen de sa situation car il a déposé une demande d'asile et les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine sont écartés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, Mme A B, épouse C, représentée par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de l'Hérault du 25 février 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur les décisions de refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation car il n'est pas fait mention de son beau-fils et du parcours de soin particulier de son conjoint ;

- les décisions méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à l'ancienneté de son séjour, les perspectives de sa famille en France et leurs efforts d'intégration ;

- les décisions méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant étant donné le parcours sportif de son fils ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur de fait ou d'un défaut d'examen de sa situation car il a déposé une demande d'asile et les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine sont écartés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 à New-York ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport E Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Moulin, représentant les époux C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants géorgiens nés en 1982 et 1987, déclarent être entrés en France en avril 2019. Leur demande d'asile a été rejetée par décision du 4 juillet 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et leur recours contre cette décision a été rejeté comme irrecevable par décision de la Cour nationale du droit d'asile le 28 octobre 2019. Les intéressés ont ensuite fait l'objet, le 6 septembre 2019, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de quatre mois. Le 14 janvier 2021 M. C a fait l'objet d'une seconde décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de six mois. Enfin, les époux C ont fait l'objet, le 25 février 2023, d'un arrêté du préfet de l'Hérault portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par une requête enregistrée sous le n° 2303006 M. C demande l'annulation de l'arrêté pris à son encontre et par une requête enregistrée sous le n° 2303007 Mme C demande l'annulation de l'arrêté la concernant.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes susvisées concernent la situation de membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. M. et Mme C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 avril 2023. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur leurs conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il est fait mention des circonstances de droit et de faits qui fondent la décision en litige. Il est notamment précisé que si la demande de titres de séjour du couple se fonde sur l'état de santé de M. C, ce dernier a la possibilité de bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. La seule circonstance qu'il ne soit pas fait mention des erreurs de diagnostic médical éventuellement commises en Géorgie, antérieurement à son entrée en France, ne permet pas de conclure au défaut d'examen de la situation des époux C alors que cela ne préjuge pas des conditions de la prise en charge médicale future. Par ailleurs, il est constant que le préfet a omis de préciser que le couple, présent sur le territoire avec leurs deux enfants nés en 2016 et 2020, était également accompagné du fils mineur E Mme C, né en 2008. Si les requérants insistent sur l'importance de cette omission au vu du parcours sportif de ce dernier en France, susceptible de constituer une circonstance exceptionnelle justifiant la régularisation de leur séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de leur demande de titre de séjour, qu'ils auraient fait part d'informations spécifiques à ce sujet. Dans ces conditions, pour regrettable que soit cette omission elle ne permet pas de conclure que le préfet aurait entaché les décisions en litige d'un défaut de motivation ou d'un défaut d'examen de la situation des requérants.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Par ailleurs, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis visé par le code précité précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Enfin, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. En l'espèce, il ressort de l'avis du 13 janvier 2023, que le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des circonstances d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé géorgien, il était possible pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. D'une part, en se bornant à solliciter la production de cet avis afin que soit vérifié le respect des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, M. C n'établit pas que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a levé le secret médical, est atteint d'un diabète de type 1 à l'origine notamment de plaies graves au niveau du pied et de répercussions ophtalmologiques. L'intéressé établit également faire l'objet d'un suivi psychologique en lien avec son état de santé. Si le requérant insiste sur le fait que la prise en charge de sa maladie en Géorgie a été défaillante, conduisant à des erreurs de diagnostic, cette seule circonstance ne permet pas de conclure à l'absence de disponibilité de soins adaptés à son état de santé. Par ailleurs, s'il fait valoir, sans néanmoins l'établir, qu'il ne bénéficierait pas de droits à la retraite, cela ne suffit pas à établir qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pourrait pas effectivement bénéficier du système de santé géorgien. Enfin, si l'état de santé du requérant s'est récemment aggravé, du fait notamment de conditions matérielles de vie dégradées sur le territoire français, cette circonstance ne permet pas de conclure que des soins appropriés ne seraient pas accessibles dans son pays d'origine. Dès lors, les éléments soulevés par M. C ne permettent pas de conclure que le préfet aurait méconnu les dispositions citées au point 6 du présent jugement en refusant de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. Enfin, aux termes de 1'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. D'une part, alors que les époux C sont arrivés récemment sur le territoire français, ils ne font pas état d'attaches privés ou familiales en France ni d'une intégration socio-professionnelle particulière. Si le fils mineur E Mme C s'est fait remarquer, par ses performances sportives dans la pratique du judo, notamment aux championnats de France espoir, il n'est ni établi ni même allégué, qu'il ne pourrait bénéficier de perspectives sportives ou même professionnelles dans ce cadre dans son pays d'origine. Dans ces conditions, alors que rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie, où les requérants ont vécu la majeure partie de leur vie et où ils ne sont pas dénués d'attaches familiales, c'est sans méconnaître les stipulations et dispositions précitées que le préfet a pu refuser de leur délivrer un titre de séjour et prononcer à leur encontre une obligation de quitter le territoire français.

14. D'autre part, aux termes de l'article 17-1 de la loi susvisée du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers () ". Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure : " Un décret en Conseil d'Etat fixe la liste des enquêtes administratives mentionnées à l'article L. 114-1 qui donnent lieu à la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel mentionnés à l'article 230-6 du code de procédure pénale, y compris pour les données portant sur des procédures judiciaires en cours, dans la stricte mesure exigée par la protection de la sécurité des personnes et la défense des intérêts fondamentaux de la Nation. () ".

15. Par ailleurs, aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Aux termes du I de l'article R. 40-29 du même code : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".

16. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

17. La règle fixée par les dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale tend à protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans les fichiers d'antécédents judiciaires constitués par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause.

18. Il ressort de la décision en litige prise à l'encontre de M. C que le préfet a relevé qu'il était défavorablement connu des services de police pour recel d'un bien provenant d'un vol et soustraction à l'exécution d'un arrêté d'expulsion. A supposer que cette information ait été portée à la connaissance des services de la préfecture uniquement à la suite de la consultation du traitement dénommé " traitement des antécédents judiciaires ", régi notamment par l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, sans pour autant que soient saisis les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, conformément aux dispositions du I de cette article, M. C ne conteste pas pour autant les faits qui lui sont reprochés et, surtout, si ces antécédents ont été pris en compte pour apprécier l'intégration du requérant dans la société française, ainsi que le prévoit l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en l'absence de ces éléments et en se fondant sur les seuls éléments développés au point 13 du présent jugement. Dès lors, M. C n'a pas, en l'espèce, été effectivement privé d'une garantie et le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

19. En dernier lieu, le préfet a relevé que les requérants n'établissaient pas encourir des risques pour leur vie en cas de retour dans leur pays d'origine. En se bornant à faire valoir qu'ils ont sollicité une demande d'asile, M. et Mme C n'établissent pas que le préfet aurait commis une erreur de fait ou procédé à un examen incomplet de leur situation alors que leur demande a été définitivement rejetée et qu'ils ne précisent pas la nature des risques encourus. Dès lors, il n'y a pas lieu de prononcer l'annulation des décisions fixant le pays de destination.

20. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme C à l'encontre des arrêtés du préfet de l'Hérault du 25 février 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Les présentes décisions seront notifiées à M. D C, à Mme A B, épouse C, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 septembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

2,

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