vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303017 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 24 et 31 mai 2023 et les 7 et 15 juin 2023, l'association de défense du grand Agde, touristes et Habitants Ensemble (A.G.A.T.H.E.), représentée par Me Mazas, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite n° DP 34003 22 K0311 par laquelle le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cottage Parks Méditerranée en vue de l'installation de 40 habitations légères de loisirs sur un terrain situé rue Commandant A, parcelle cadastrée section HA n° 36 ;
2°) d'enjoindre à la société Cottage Parks Méditerranée de procéder à l'enlèvement des habitations légères de loisirs ;
3°) d'enjoindre au maire de la commune d'Agde de faire respecter la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Agde une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la recevabilité :
- une décision implicite de non opposition à déclaration préalable est née le 3 novembre 2022 après que le dossier de déclaration préalable a été déposé le 3 août 2022 ; aucun affichage n'a été effectué en mairie ou sur le site ;
- elle a intérêt à agir contre cette décision dès lors qu'elle a pour objet la défense du site et du patrimoine de la commune d'Agde en veillant au respect de toutes les règles d'urbanisme et de la construction en vigueur ; la décision concerne un projet situé dans un secteur protégé de cette commune ;
- une délibération du 13 mai 2023 de son bureau a autorisé son président afin de saisir la juridiction administrative afin de suspendre et d'annuler la décision contestée ;
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est présumée satisfaite par application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;
- le début de travaux consistant en l'abattage d'arbres caractérise l'urgence ;
- elle est satisfaite dès lors que les travaux ont débuté dans un espace remarquable au sens de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme ; le site est classé en zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique, au titre des sites patrimoniaux remarquables ; le bois de la Tamarissière est classé par la plan local d'urbanisme comme espace boisé classé ; la pinède est située en zone naturelle touristique située en espace remarquable et en espace remarquable de la loi Littoral ;
- le commencement des travaux, consistant en le coulage de plots en bêtons afin de créer les fondations pour les 40 chalets implantés sur le site d'entraîner des conséquences irréversibles pour le site, en particulier pour les arbres protégés dont les racines sont sectionnées par les travaux de creusement du sol ;
- les travaux sont en cours sans être achevés ; l'avancée des travaux n'a pu être constatée dès lors que l'huissier de justice s'est vu refuser l'accès au site malgré une ordonnance rendue par le président du tribunal judiciaire de Béziers ;
- deux déclarations préalables accordées sur ce site ont déjà été suspendues par le tribunal au motif de la méconnaissance de la réglementation applicable aux espaces boisés classés, aux sites remarquables et au règlement SPR ;
- contrairement à ce qui est indiqué en défense, l'intégralité des chalets n'est pas encore construite et les travaux sont donc toujours en cours et ne sont pas achevés ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
- le dossier de déclaration préalable est incomplet dès lors que la liste des matériaux utilisés et les surfaces totales de chaque habitation ne sont pas indiquées ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis de l'architecte des bâtiments de France a été sollicité ;
- la décision méconnaît les articles L. 632-1 et L. 632-2 du code du patrimoine dès lors que le règlement du site patrimonial remarquable de la ville d'Agde interdit la construction sur le secteur 5 " Pinède de la Tamarissière " ; l'architecte des bâtiments de France avait émis un avis négatif à propos d'un projet consistant en la mise en place de 40 habitations légères et pour laquelle la déclaration préalable a été suspendue par le tribunal ; au regard de ses caractéristiques, de son emplacement et de son ampleur, le projet contesté méconnaît l'article 2.5.1 de ce règlement ;
- il ressort des écritures du pétitionnaire et de la commune d'Agde que l'architecte des bâtiments de France a émis un avis défavorable ; le maire était donc en situation de compétence liée et était tenu au rejet de la déclaration préalable ;
- au regard de l'avis négatif de l'architecte des bâtiments de France, le doute sérieux quant à la méconnaissance de la règlementation relative aux sites patrimoniaux remarquables est caractérisé ;
- la consultation publique prévue par l'article L. 121-24 du code de l'urbanisme n'a pas été mise en œuvre ;
- elle méconnaît les articles L. 121-23, R. 121-4 L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme ; les constructions prévues par le projet litigieux n'entrent pas dans le cadre des exceptions limitativement mentionnées à l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme ; les habitations légères de loisirs n'entrent pas dans le cadre des exceptions limitativement énumérées à l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît la règlementation propre aux espaces boisés cassés, notamment l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme ; les travaux projetés vont entraîner un changement d'affectation du sol en créant un espace construit sur des surfaces jusqu'alors vides ; la déclaration préalable ne fait aucune mention des arbres et des méthodes envisagées pour en préserver la conservation alors que les travaux d'installation entraineront nécessairement une détérioration des racines ;
- elle méconnaît le règlement du plan de prévention des risques inondations de la commune dès lors que les conteneurs objet de la décision contestée ne font pas partie de la liste limitative de projets admis par les dispositions applicables en zone Rn ;
- la société pétitionnaire étant un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public, le juge administratif est donc compétent pour enjoindre à la société Cottage Parks Méditerranée d'enlever les habitations légères de loisir du site de la Tamarissière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la commune d'Agde, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de l'association de défense du grand Agde, touristes et Habitants Ensemble une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
Sur l'urgence :
- les travaux sont achevés ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- le dossier est complet dès lors que le matériau utilisé est précisé dans la notice explicative et le dossier de déclaration préalable présente les caractéristiques des quatre modèles d'habitations légères de loisirs ;
- l'architecte des bâtiments de France a bien été consulté ; si celui-ci a rendu un avis négatif, le maire n'est pas tenu de suivre l'avis conforme défavorable lorsqu'il est illégal ;
- la règlementation relative aux sites patrimoniaux remarquables n'est pas méconnue dès lors que le règlement du plan local d'urbanisme autorise en zone Nter les habitations légères de loisirs ; l'exploitation du camping a été érigée en service public par la commune d'Agde et le contrat conclu entre la commune et le concessionnaire, lequel n'a pas été contesté par les services de l'État dans le cadre du contrôle de légalité, prévoit la réalisation d'un certain nombre de travaux dont l'installation d'habitations légères de loisirs ; l'article 2.5.1 du règlement de site patrimonial remarquable ne doit pas s'analyser comme une règle fixant une inconstructibilité de principe du secteur mais comme un principe général en vertu duquel l'objectif est de conserver le plus possible le caractère naturel des lieux et d'admettre des aménagements à la marge et, par exception, et sous réserve de respecter les caractéristiques du lieu, le secteur peut être aménagé ; les constructions sont des aménagements légers remplissant les conditions de l'habitation légère de loisirs telle qu'autorisée en zone Nter du règlement du plan local d'urbanisme ;
- à titre principal, les articles L. 121-23, R. 121-4 et R. 121-5 du code l'urbanisme ne sont pas méconnus dès lors que le classement en espace remarquable n'est pas intentionnel ; ce classement ne saurait résulter du seul zonage du plan local d'urbanisme ; les circonstances qu'une parcelle soit située sur un site classé, soit inscrite en zone NL définie comme " des secteurs d'espaces naturels remarquables au sens de la loi littoral et d'espaces littoraux " ne justifient pas à elle-seule le classement en espace remarquable ; lorsqu'un espace est urbanisé, il ne peut prétendre à la qualification d'espace remarquable ; la commune a retenu cette qualification sans même avoir connaissance de la réglementation applicable à tels espaces ; dans le schéma de cohérence territoriale en révision dans sa version récemment arrêtée, le camping n'est pas considéré comme un espace remarquable ;
- à titre subsidiaire, l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme permet les aménagements légers lorsqu'ils ont pour objet la réfection des bâtiments existants et l'extension limitée des bâtiments et installations nécessaires à l'exercice d'activités économiques ; en déposant une autorisant d'urbanisme pour le remplacement de 40 habitations légères de loisirs, le pétitionnaire a fait usage de sa possibilité d'extension limitée du camping et l'extension du nombre d'habitations légères de loisirs est en deçà des limites permises par le 4° de l'article R. 111-38 du code de l'urbanisme ;
- les articles L. 113-1 et L. 113-2 du code de l'urbanisme ne sont pas méconnus dès lors que les arbres existants seront intégralement conservés et que les caractéristiques des habitations légères de loisirs permettent de considérer que leur installation ne portera pas atteinte à la conservation du boisement ; les travaux n'ont pas pour effet de couper les racines de certains arbres ;
- le règlement du plan de prévention des risques inondations n'est pas méconnu dès lors qu'il admet les travaux d'équipements légers d'animation et de loisirs et l'extension du périmètre de campings existants en zone Rn et Rp et soumet, dans les campings existants, les projets de piscine aux seules prescriptions réglementant ces travaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la SAS Cottage Parks Méditerranée, représentée par Me Jouan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association de défense du grand Agde, touristes et Habitants Ensemble une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
Sur la recevabilité :
- au regard de la trop grande généralité de son objet social et de son intervention sur un territoire trop vaste, l'intérêt que l'association défend n'est pas pertinent ;
- l'association n'établit pas que les effets de la décision attaquée porteraient une attaque grave et immédiate aux intérêts qu'elle entend défendre ;
- les travaux litigieux sont achevés de sorte que l'association n'a plus d'intérêt à agir.
Sur l'urgence :
- les travaux sont achevés ;
- les travaux ont un caractère limité par rapport à ce qui été autorisé dès lors qu'elle n'a entendu installer que 35 chalets au lieu des 40 prévus ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- le dossier est complet dès lors que le matériau utilisé est précisé dans la notice explicative et le dossier de déclaration préalable présente les caractéristiques des quatre modèles d'habitations légères de loisirs ;
- l'architecte des bâtiments de France a bien été consulté ; si celui-ci a rendu un avis négatif, le maire n'est pas tenu de suivre l'avis conforme défavorable lorsqu'il est illégal ; cet avis est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les habitations légères de loisirs seront implantées sur des emplacements existants et non sur des espaces libres ; le traitement des espaces libres est par ailleurs autorisé à condition qu'il soit entièrement perméable ;
- la règlementation relative aux sites patrimoniaux remarquables n'est pas méconnue dès lors que le projet n'a pas vocation à bâtir des constructions nouvelles mais à réaménager des emplacements déjà existants ; l'article 2.5.1 du règlement de site patrimonial remarquable ne doit pas s'analyser comme une règle fixant une inconstructibilité de principe du secteur ; il permet l'aménagement des campings existants ; le traitement des espaces libres est par ailleurs autorisé à condition qu'il soit entièrement perméable ; le règlement du plan local d'urbanisme autorise expressément les habitations légères de loisirs en zone Nter ; il s'agit de constructions démontables et transportables ;
- les dispositions en matière d'espaces remarquables ne sont pas méconnues dès lors que la commune d'Agde n'a pas eu l'intention d'appliquer à ce secteur la rigueur du régime des espaces remarquables et que, démontables et transportables, les habitations légères de loisirs en cause ne comportent aucune fondation et s'analysent en un aménagement léger au sens de l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme ;
- la règlementation concernant les espaces boisés classés n'est pas méconnue dès lors que les habitations légères de loisirs remplacent les mobil-homes existants, sont modifiés pour respecter la présence des arbres et ne comportent aucune fondation ;
- le règlement du plan de prévention des risques inondations n'est pas méconnu dès lors qu'il admet les travaux d'équipements légers d'animation et de loisirs et l'extension du périmètre de campings existants en zone Rn et Rp et soumet, dans les campings existants, les projets de piscine aux seules prescriptions réglementant ces travaux.
Vu :
- la requête enregistrée le 19 mai 2023 sous le n° 2302905 par laquelle l'association A.G.A.T.H.E. demande l'annulation de l'arrêté en litige demande l'annulation de l'arrêté en litige.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rigaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 15 juin 2023 à 15 heures :
- le rapport de Mme Rigaud, juge des référés,
- les observations de Me Mazas, représentant l'association de défense du Grand Agde, Touristes et Habitants Ensemble, qui reprend et développe les moyens soulevés par la requête et précise notamment que l'ensemble des travaux d'aménagement du camping aurait dû faire l'objet d'une autorisation unique, que de nombreux travaux ont été réalisés sans autorisation de construire, que l'attitude de la société pétitionnaire méconnaît non seulement les règles d'urbanisme mais également l'autorité de la chose jugée tant au fond qu'en référé dans deux précédentes instances, que l'association requérante va être contrainte de saisir le juge pénal pour tenter de mettre un terme à ce comportement, que l'urgence est caractérisée comme dans l'espèce jugée par le juge des référé par son ordonnance rendue le 24 mars 2022, qu'en effet l'intégralité des constructions autorisées par la décision en litige n'est pas réalisée, qu'il ressort des pièces du dossier que les chalets déjà construits sont pourvus de piscines privatives hors-sol et à fond bleu, en totale méconnaissance du règlement SPR, qu'il demeure impossible de savoir si les nouveaux chalets construits remplacent d'anciens chalets ; et qu'il est important que le juge des référés prononce l'injonction sollicitée compte tenu des effets difficilement réversibles sur l'environnement des constructions autorisées ;
- celles de Me Crétin, représentant la commune d'Agde, qui reprend et développe ses écritures et insiste notamment sur le fait que le camping est exploité depuis 1955, qu'une autorisation a été délivré pour la réalisation de 53 habitations légères de loisir en 2013, qu'à ce jour la commune est soucieuse des conditions d'exploitation du site dans le cadre de la délégation de service public et engagée dans des moyens permettant la préservation du site, que l'aménagement du camping est maîtrisé et mesuré et il est respectueux du site, que certes, des maladresses ont été commises quant à l'opportunité de procéder par une autorisation d'urbanisme unique, que la révision du SCOT du biterrois qui sera approuvée le 3 juillet prochain entérine la suppression du classement en espace remarquable du site, ses auteurs estimant à juste titre que les autres protections dont bénéficie le site suffisent à assurer sa préservation, que la commune souhaite trouver désormais des solutions avec les différents acteurs en présence pour régulariser l'exploitation du camping, que les constructions autorisées ont été construites et qu'ainsi la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative fait défaut ;
- et celles de Me Mestres, représentant la société Cottage Parks Méditerranée, qui reprend et développe ses écritures, et précise en outre que la réhabilitation du camping est contractuellement prévue par la délégation de service public à l'échéance 2026 sous peine de pénalités financières importantes, que le contrat de délégation de service public lui impose de respecter l'environnement du site et qu'elle y est donc tenue, qu'en l'espèce l'urgence à statuer en référé au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas caractérisée dès lors que les travaux sont exécutés, la société n'envisageant pas d'aménager les 5 habitations légères de loisirs restant à construire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Cottage Parks Méditerranée a déposé le 3 août 2022 auprès des services de la commune d'Agde un dossier de déclaration préalable pour l'installation de quarante habitations légères de loisirs sur un terrain situé rue Commandant A cadastré section HA n° 36. Par la présente requête, l'association A.G.A.T.H.E. demande que soit prononcée, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite n° DP 34003 22 K0311 par laquelle le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune d'Agde et la société Cottage Parks Méditerranée :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ". Aux termes de l'article R. 600-4 du même code : " Lorsqu'elles sont introduites par une association, ces mêmes requêtes doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées des statuts de celle-ci, ainsi que du récépissé attestant de sa déclaration en préfecture. ". Il appartient au juge administratif, lorsque cette condition est remplie, d'apprécier si l'association requérante justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre la décision qu'elle attaque en se fondant sur les statuts tels qu'ils ont été déposés à la préfecture au moins un an antérieurement à la date de l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire.
3. En premier lieu, l'association A.G.A.T.H.E. a notamment produit dans la présente instance en référé, ses statuts, signés, dans leur version approuvée lors de l'assemblée extraordinaire du 1er août 2009 ainsi qu'un récépissé de déclaration de modification de l'association délivré par les services de la sous-préfecture de Béziers en date du 16 novembre 2016. Ces éléments paraissent suffisants, en l'état de l'instruction, à faire regarder la présente requête comme étant recevable.
4. En deuxième lieu, il ressort des statuts de l'association requérante que celle-ci a notamment pour objet, d'une part, la défense du site et du patrimoine de la commune d'Agde, d'autre part, la défense de l'environnement naturel en relation avec le sol, le sous-sol, et l'environnement paysager. Son objet géographique étant limité à la commune d'Agde et à sa communauté d'agglomération, il n'est pas trop large. Alors que la décision en litige autorise l'implantation de quarante constructions au sein du site patrimonial remarquable du bois des pins de la Tamarissière, elle doit être regardée, en l'état de l'instruction, comme justifiant d'un intérêt à agir à l'encontre de cette autorisation d'urbanisme.
Sur les conclusions à fin de suspension :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
6. L'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dispose que : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ".
7. Il ressort des pièces produites tant par l'association requérante que par la commune d'Agde et des échanges au cours de l'audience que sont d'ores et déjà installées trente-cinq habitations légères de loisirs sur les quarante prévues au projet. Par suite, ces travaux ne peuvent être regardés comme étant achevés alors que cinq constructions restent à installer. La circonstance que l'exploitation du camping ait été confiée à la société Cottage Parks Méditerranée dans le cadre d'une délégation de service public, dont les conséquences notamment économiques et financières ne sont au demeurant pas précisément établies, ne suffit pas à caractériser une situation d'urgence à exécuter les travaux litigieux, alors que le site d'implantation présente une forte sensibilité patrimoniale. En outre, s'il est fait état de l'absence d'urgence au regard des intérêts qu'entend défendre l'association requérante par rapport à la nature et à la faible importance du projet en litige, il apparaît, en l'état de l'instruction, que la réalisation de ce projet dans un site patrimonial remarquable est, eu égard à son ampleur et ses caractéristiques, de nature à préjudicier de manière grave et immédiate aux intérêts pour lesquels l'association agit en justice. Par suite la condition relative à l'urgence telle que prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'avis conforme défavorable de l'architecte des bâtiments de France en date du 6 septembre 2022 faisait obstacle à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée, est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté portant non opposition à déclaration préalable en litige. Par ailleurs, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce versée aux débats que la commune aurait fait usage de la procédure prévue par les dispositions du II de l'article L. 632-2 du code du patrimoine en cas de désaccord entre l'autorité compétente et l'architecte des bâtiments de France, l'illégalité de cet avis conforme dont se prévaut en défense la commune ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme établie.
9. Egalement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 2.5.1 du règlement du site patrimonial remarquable, de celle de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme, et de celle des articles L. 121-24 et R. 121-5 du même code, sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté portant non opposition à déclaration préalable en litige.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête de l'association A.G.A.T.H.E. n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'association A.G.A.T.H.E. est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite n° DP 34003 22 K0311 par laquelle le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cottage Parks Méditerranée pour l'installation de quarante habitations légères de loisirs sur un terrain situé rue Commandant A cadastré section HA n° 36.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. D'une part, la présente ordonnance, qui suspend à titre provisoire l'exécution de l'autorisation d'urbanisme délivrée par le maire de la commune d'Agde à la société Cottage Parks Méditerranée pour la réalisation de quarante habitations légères de loisirs, a pour conséquence de faire obstacle à ce que cette société puisse se prévaloir de cette décision pour poursuivre et achever les travaux entrepris. Si l'association A.G.A.T.H.E. sollicite qu'il soit ordonné à cette société de procéder à l'enlèvement des habitations légères de loisirs déjà installées, de telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies à ce stade et dans le cadre de la présente instance de référé dirigée contre la seule décision de non-opposition à déclaration préalable.
13. D'autre part, si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Par suite, les conclusions de l'association requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune d'Agde de " faire respecter la décision à intervenir " sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association requérante, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, la somme que demandent la commune d'Agde et la société Cottage Parks Méditerranée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Agde une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association A.G.A.T.H.E. et non compris dans les dépens sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution la décision implicite n° DP 34003 22 K0311 par laquelle le maire de la commune d'Agde ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cottage Parks Méditerranée est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : La commune d'Agde versera une somme de 1 500 euros à l'association A.G.A.T.H.E. en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association de défense du Grand Agde, Touristes et Habitants Ensemble, à la commune d'Agde, et à la société Cottage Parks Méditerranée et au préfet de l'Hérault.
Fait à Montpellier, le 16 juin 2023.
La juge des référés,
L. Rigaud
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 juin 2023.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026