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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303027

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303027

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMAGASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrées les 25 mai et les 20 et 21 juin 2023, M. A B représenté par Me Magassa, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et dans l'attente, lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui refusant son admission au séjour a été prise par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision lui refusant son admission au séjour est insuffisamment motivée ;

- la décision lui refusant son admission au séjour est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision lui refusant son admission au séjour méconnaît l'article L. 335-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination n'a pas été précédée de l'examen de sa situation ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français n'est pas motivée ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés les 15 et 23 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thévenet dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Thévenet, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2o L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu en France sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, il entrait dans les cas où l'autorité administrative pouvait légalement édicter à son endroit la mesure attaquée.

3. Il est constant que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de refuser l'admission de M. B sur le territoire français. Par suite, tous les moyens dirigés contre cette décision en tant qu'elle lui refuserait l'admission au séjour sur le territoire français, sont inopérants et doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour.

5. En deuxième lieu, à l'article 4 de l'arrêté n°2023.02. DRCL.60, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 février 2023, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme D C, cheffe de la section éloignement, aux fins de signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. B et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet de l'Hérault a pris à son endroit les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. B, à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité du refus de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Il ressort des pièces du dossier que M. B a ménagé sa clandestinité sur le territoire français et a déclaré ne pas vouloir rentrer dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

9. Le moyen tiré de l'erreur de fait n'est assorti d'aucun élément qui permettrait d'en apprécier la pertinence et le bien fondé. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 4 à 6 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son endroit.

11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées ont été prises après que le préfet de l'Hérault eut examiné la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. B, doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 4 à 7 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une période d'un an serait illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son endroit.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né le 7 avril 1994, de nationalité guinéenne, célibataire et sans enfant, n'établit pas être privé de toute attache familiale en Guinée. Ainsi, eu égard aux conditions du séjour de M. B en France, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. B, à quitter le territoire français et en lui interdisant d'y retourner, le préfet de l'Hérault aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

15. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est assorti d'aucun élément qui permettrait d'en apprécier la pertinence et le bien fondé. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions, en annulation et en injonction, de la requête de M. B, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Ces dispositions font obstacle à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

F. Thévenet

Le greffier

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juillet 2023.

Le greffier,

D. Martinier

N°2303027

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