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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303275

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303275

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantLENOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrés le 6 juin 2023, M. B C, représenté par Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette somme sera versée à son avocat sous réserve d'une renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la mesure d'assignation à résidence :

- la décision contestée émane d'une autorité incompétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 731-3 et L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée émane d'une autorité incompétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Moynier, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moynier ;

- les observations de Me Lenoir, représentant M. B C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- le préfet n'était ni présent, ni représenté.

1. M. B C, ressortissant sénégalais né le 21 juin 1989, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour, prise par le préfet de police, le 31 août 2022. Par jugement du 9 décembre 2022, le tribunal administratif de Paris a confirmé la légalité de cet arrêté. Le 20 avril 2023, M. C a été interpelé par la police aux frontières de Perpignan et par un arrêté du 21 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence à Perpignan, pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

2. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence , dans les cas suivants : / 1°) Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ( )/ La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée (). ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 20 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. D A, chef de bureau de la migration et de l'intégration, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant assignation à résidence manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que la décision attaquée a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de M. C.

6. En quatrième lieu, en se bornant à produire une attestation d'hébergement à Paris, qui date du 20 juin 2019, le requérant n'établit pas qu'il s'agirait encore de son lieu de résidence. En outre, la circonstance que justifiait de garanties de représentation, qui sont étrangères à l'application des dispositions qui fondent l'assignation à résidence, est sans incidence sur sa légalité. Ainsi, les moyens d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation soulevés sur ce point doivent donc être écartés.

7. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la mesure d'assignation à résidence porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, il n'apporte aucune précision sur les impératifs auxquels une telle restriction de ses mouvements porterait une atteinte excessive. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, au motif que M. C encourrait des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est inopérant à l'encontre d'une assignation à résidence qui n'a, en elle-même, ni pour objet, ni pour effet de déterminer un pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement.

11. En deuxième lieu, la décision comporte toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C n'est entré en France que le 31 octobre 2016, selon ses déclarations. Il ne fait pas de liens d'une particulière intensité en France. Célibataire et sans charge de famille, il n'est pas isolé au Sénégal, son pays d'origine. En outre, il s'est soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement du 31 août 2022. Il a par ailleurs été interpelé le 20 avril 2023 pour " utilisation du document d'identité d'un tiers pour entrer sur le territoire ". Dans ces conditions, en l'absence de circonstances humanitaires et alors même que la présence de M. C ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis une erreur d'appréciation en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée fixée à dix-huit mois, qui n'est pas disproportionnée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Julie Lenoir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La magistrate désignée,

C. MoynierLa greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 juin 2023

La greffière,

C. Touzet

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