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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303346

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303346

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un bordereau de pièces et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 et 21 juin 2023 et 8 août 2023, Mme A B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-340-245 du 24 mars 2023, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois au besoin sous astreinte, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché du vice d'incompétence de son signataire ;

- la décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de motivation en droit ;

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Rosé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante serbe née le 27 octobre 1994, déclare être entrée en France le 9 octobre 2017 sous couvert de son passeport biométrique en vue d'y rejoindre son compagnon de même nationalité, lui-même entré sur le territoire national un mois auparavant, titulaire d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé, et avec lequel elle a donné naissance à deux enfants à C en 2019 et 2021. La demande d'asile qu'elle a présentée a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 avril 2018, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 20 septembre 2018. Le 2 mars 2023, elle a sollicité du préfet de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté n° 2023-340-245 du 24 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par M. Frédéric Poisot. Par un arrêté n° 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 126 du 14 septembre 2022, accessible au juge et aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sauraient être interprétées comme imposant aux Etats de respecter le choix par les ressortissants étrangers du lieu d'établissement de leur vie privée et familiale. Mme B expose entretenir avec son compagnon, de même nationalité, une relation stable, initiée en Serbie depuis plusieurs années où ils vivaient ensemble depuis le mois d'août 2012, que cette vie familiale se poursuit désormais en France et que le couple a donné naissance à deux enfants à C les 8 juin 2019 et 13 mai 2021 dont l'un est scolarisé, que son compagnon, titulaire d'une carte de séjour temporaire délivrée en sa qualité d'étranger malade, valable jusqu'au 1er décembre 2023, est atteint d'un diabète de type I insulinodépendant pour lequel aucun traitement n'est accessible en Serbie. Il ressort des pièces du dossier que le compagnon de la requérante, maintenu sous récépissés de demande de titre de séjour depuis le mois de mai 2019, a obtenu le 1er décembre 2021 un titre de séjour pour raisons de santé qui a été renouvelé jusqu'au 1er décembre 2023. Il occupe l'emploi de commis de salle depuis le mois de juin 2022 au sein d'un restaurant à Palavas-les-Flots, d'abord sous contrat à durée déterminée et depuis le 1er octobre 2022 sous contrat à durée indéterminée. Il ressort toutefois des mêmes pièces que Mme B a été définitivement déboutée de sa demande d'asile en 2018 et était donc tenue à ce titre de quitter le territoire national et que son compagnon de même nationalité, s'est également maintenu en situation irrégulière jusqu'au mois de mai 2019. Mme B, qui est entrée en France le 9 octobre 2017, n'a entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation avant le 2 mars 2023, date de présentation de sa demande de titre de séjour. Il n'est nullement démontré que Mme B serait dépourvue de tout lien familial dans son pays d'origine pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Si, à la date de la décision en litige, son compagnon de même nationalité est titulaire d'une carte de séjour en cours de validité, il n'est pas allégué ni même soutenu qu'il serait dans l'incapacité de s'occuper de ses deux enfants en subvenant à leur entretien et à leur éducation, le temps pour la requérante de regagner provisoirement la Serbie et de requérir, auprès des autorités consulaires françaises, un visa de court ou long séjour pour revenir régulièrement en France, l'intéressée ne justifiant d'aucun obstacle l'empêchant de retourner provisoirement dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. Le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Comme il vient d'être exposé au point 4, l'arrêté n'implique qu'une séparation provisoire des enfants de la requérante de l'un de ses parents sans pour autant méconnaître leur intérêt supérieur. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

8. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne vit pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

9. Les éléments relatifs à la durée du séjour en France de Mme B, sa situation de concubinage avec deux enfants, sa volonté d'intégration par l'apprentissage du français et sa participation à diverses activités associatives et l'emploi occupé par son compagnon ne constituent pas des motifs exceptionnels, ni des considérations humanitaires pour que lui soit délivrée une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de l'intéressée ne relevait pas de l'admission au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquels : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). " et en vertu du premier alinéa de l'article L. 613-1 du même code, la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée.

11. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 611-1, 3° précitées et énonce les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée en droit.

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4, 6 et 9 du présent jugement que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En l'absence d'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

C, le 26 septembre 2023

La greffière,

C. Arce

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