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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303356

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303356

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, M. B et Mme E D, représentés par Me Rosé, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ainsi que l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de sept jours et au besoin sous astreinte, de pourvoir en conséquence à leur hébergement et de leur verser l'allocation pour demandeur d'asile correspondant à la composition familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à Me Rosé au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure car la notification à se présenter au service d'accompagnement des demandeurs d'asile du 13 avril 2023 ainsi que la décision de refus de conditions matérielles d'accueil notifiée le 13 avril 2023 et la décision d'orientation concernant leur enfant C n'ont pas été notifiées en langue albanaise ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru lié par le fait qu'ils ont présenté une demande de réexamen pour refuser les conditions matérielles d'accueil, alors que l'édiction de cette décision impliquait un examen de vulnérabilité ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à la vulnérabilité du foyer et à la situation de précarité dans laquelle ils se trouvaient et est disproportionnée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que, privant leurs deux enfants des ressources nécessaires pour subvenir à leurs besoins de première nécessité, elle compromet leur intérêt supérieur, et que la prise d'une décision d'orientation à propos du seul enfant C porte atteinte à l'unité familiale ;

- le fait de refuser les conditions matérielles d'accueil porte une atteinte disproportionnée à son droit de solliciter une protection internationale.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. et Mme D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D ont présenté le 4 novembre 2016 une première demande d'asile rejetée en 2017, et sont retournés en Albanie. Leur enfant C est né le 12 mars 2017 postérieurement au rejet de leur demande d'asile. Revenus en France le 4 avril 2023, selon leurs déclarations, ils ont introduit une nouvelle demande d'asile enregistrée le 13 avril 2023. Leur demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été rejetée par décision du même jour. Ils ont formé un recours contre cette décision, le 7 juin 2023, rejeté implicitement. Par leur requête, ils demandent l'annulation de la décision du 13 avril 2023 leur refusant les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. () ". Aux termes de l'article L. 723-15 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure, y compris lorsque le demandeur avait explicitement retiré sa demande antérieure, lorsque l'office a pris une décision définitive de clôture en application de l'article L. 723-13 ou lorsque le demandeur a quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine. () / Si des éléments nouveaux sont présentés par le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, par l'office si celui-ci n'a pas encore statué ou par la Cour nationale du droit d'asile si celle-ci est saisie ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. Mais ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 723-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé à la famille, conformément aux dispositions de l'article L. 744-8, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné.

4. L'article L. 551-15 du même code prévoit, par ailleurs, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé, notamment, " 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () ". Il résulte toutefois du point 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale qu'un tel refus ne peut être pris qu'au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes vulnérables mentionnées à l'article 21 de cette directive, lequel vise notamment les mineurs. Et l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs () ".

5. A ressort des pièces du dossier que le foyer de M. et Mme D était composé en avril 2023 d'eux-mêmes et leurs deux enfants mineurs alors âgés de 12 et 7 ans. La famille se trouvait, en avril 2023 sans domicile et dormait dans la rue. Elle était accueillie à l'accueil de jour dans le cadre du petit déjeuner et de l'accès à l'espace hygiène, mis à disposition des sans-abris par l'association Gammes, qui en atteste par courrier du 6 juin 2023. Le foyer des époux D présentait donc une vulnérabilité particulière. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut utilement invoquer que la demande concernait un réexamen de demande d'asile, et que la famille peut appeler le 115 ou s'adresser à des associations. Ainsi, c'est par une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de la vulnérabilité du foyer de M. et Mme D que le directeur général de l'OFII a refusé d'attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 13 avril 2023 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. ".

8. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que l'Office français de l'intégration et de l'immigration accorde le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. et Mme D en tenant compte de la présence à leurs côtés de leurs deux enfants, pour la période du 13 avril 2023 jusqu'à la fin du mois de la notification d'une décision définitive sur leur demande d'asile, sauf à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration y ait déjà procédé. Il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'y procéder dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. et Mme D présentées à l'encontre de l'OFII au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 avril 2023 par laquelle l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à M. et Mme D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'accorder les conditions matérielles d'accueil à M. et Mme D et leurs enfants à compter du 13 avril 2023 jusqu'à la fin du mois suivant la notification de la décision statuant définitivement sur leur demande d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sauf à ce que l'OFII y ait déjà procédé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme E D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Couegnat, première conseillère

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure

S. CrampeLa présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2024.

La greffière,

A. Junon

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