mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303372 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MAGASSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 22 juin 2023, M. C E B, représenté par Me Magassa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des frais d'instance, sous réserve de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions contestées portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont privées de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour qui n'est pas suffisamment motivé, de même que son placement en rétention administrative, qui n'a pas été précédé d'un examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle et qui méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française qui travaille ; il pouvait en outre prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 335-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé, de sa vulnérabilité et de son attachement à la France ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vertu des dispositions des 6° et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'est pas motivée et n'est pas justifiée ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle et des circonstances particulières au regard des éléments de son dossier, la demande d'asile qu'il a présentée à son arrivée en France, traitée selon la procédure " Dublin " n'ayant été ni rejetée ni acceptée ;
- la décision fixant le pays de destination n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est motivée de manière stéréotypée ;
- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte excessive au respect de son droit à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 13 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens dirigés contre une décision de refus de titre de séjour inexistante sont irrecevables ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. B, ressortissant guinéen né le 27 août 1996, entré irrégulièrement en France, selon ses dires, le 28 janvier 2019 via l'Espagne, a été interpellé par les services de police le 6 juin 2023 à Montpellier et placé en garde à vue pour des faits de cession de produits stupéfiants. Par un arrêté du 7 juin 2023, le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de rejeter une demande de titre de séjour qui aurait été présentée par M. B, l'intéressé ne justifiant pas, par les pièces produites au dossier, avoir déposé une telle demande, notamment au titre de sa vie privée et familiale, avant l'intervention de l'arrêté contesté en date du 7 juin 2023. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions que comporte cet arrêté du fait de l'illégalité d'une telle décision sont inopérants et doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, l'arrêté du 7 juin 2023 énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault s'est livré à un examen réel et complet de la situation administrative et familiale du requérant pour prendre à son encontre les décisions contestées. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de l'acte attaqué et de l'erreur de droit en l'absence d'un examen sérieux et approfondi de la situation de l'intéressé manquent en fait et doivent être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1°) L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire national et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, le préfet de l'Hérault a pu légalement décider de l'obliger à quitter le territoire français en application des dispositions précitées. Si M. B se prévaut des 6° et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement, son mariage avec une ressortissante française a été célébré le 27 août 2021, soit depuis moins de trois ans, et il ne justifie pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont il ne pourrait pas bénéficier effectivement dans son pays d'origine et dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ou de l'erreur d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué au regard de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. M. B se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, de sa maîtrise du français, de ses efforts d'intégration en France où il soutient avoir établi sa vie privée et familiale. Toutefois, il n'a pas d'enfant à charge et son mariage, célébré le 27 août 2021, est récent. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé par les services de police qu'il a vécu, à tout le moins, jusqu'à l'âge de 23 ans dans son pays d'origine où il n'est pas isolé puisqu'y résident sa mère et ses sept frères. Au vu de ces éléments et de la durée et des conditions de son séjour en France, M. B ne saurait invoquer une atteinte excessive qui serait portée à sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées. Par suite, en obligeant le requérant à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()".
10. Dès lors que M. B est entré irrégulièrement en France et qu'il ne justifie pas avoir déposé une demande de titre de séjour avant l'intervention de l'arrêté attaqué, le préfet de l'Hérault a pu légalement considérer, pour ce seul motif, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et, par suite, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
11. En cinquième lieu, M. B ne produit aucun élément qui permettrait de remettre en cause la légalité de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à D du requérant, le préfet de l'Hérault a pris en considération, outre son placement en garde à vue pour des faits de cession de produits stupéfiants, la durée de la présence en France dont il prévaut sans en justifier, ainsi que de sa situation familiale et de l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire national, en relevant qu'il n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il a, par suite, pris sa décision en examinant les critères définis par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B ne justifie d'aucune considération d'ordre humanitaire qui aurait pu permettre au préfet de l'Hérault de ne pas prononcer une interdiction de retour à son encontre et, alors même que l'intéressé soutient que sa présence sur le territoire français ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, la durée d'un an de l'interdiction de retour prononcée à son encontre ne présente pas, un caractère disproportionné compte tenu de sa situation telle qu'exposée précédemment, notamment au regard de sa vie privée et familiale de l'intéressé, l'intéressé ayant la possibilité de demander l'abrogation de cette mesure après avoir regagné son pays d'origine et de solliciter la délivrance d'un visa en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française pour revenir régulièrement en France. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales invoqués à D de l'interdiction faite à M. B de revenir en France pour une durée d'un an doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction de réexamen de sa demande sous astreinte, doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E B, au préfet de l'Hérault et à Me Magassa.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Marc Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
La présidente-rapporteure,
S. D
L'assesseure la plus ancienne,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 septembre 2023
La greffière,
C. Arce
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026