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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303374

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303374

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin et 6 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle ;

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure faute pour lui d'avoir obtenu la communication intégrale de son dossier médical ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision l'obligeant à quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Bazin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant canadien né le 27 décembre 1979, est entré en France le 20 septembre 2021 sous couvert de son passeport. Hospitalisé au sein du pôle psychiatrique du centre hospitalier de Béziers du 18 au 24 novembre 2021 pour la prise en charge d'un trouble psychiatrique, il a déposé, le 3 janvier 2022, une demande de titre de séjour avec autorisation de travail. Le 10 juin 2022, le collège des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration estimait que les soins nécessités par son état de santé devaient être poursuivis pendant une durée de 6 mois. M B s'est alors vu remettre une autorisation provisoire de séjour valable du 10 juin 2022 au 9 décembre 2022. Le 9 décembre 2022, il a sollicité du préfet de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté n° 2023-ETR-030 du 13 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté contesté, qui n'a pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, énonce les considérations de droit qui le fonde en visant, notamment, les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre desquelles l'intéressé a présenté sa demande de titre de séjour ainsi que les éléments de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour et répond, par suite, aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, s'il est fait grief à l'arrêté de relever que " les conditions de logement (hébergé) et l'absence de ressources de M. A C B ne constituent pas des conditions d'existences suffisantes au sens des dispositions de l'article L. 423-23 ", outre qu'il ne s'agit pas d'un défaut de motivation, ne révèle pas un défaut d'examen réel et complet de la demande du requérant dans la mesure où le contrat de travail qu'il a conclu avec la SAS Bahia Beach à Agde pour occuper le poste de plongeur pour la saison estivale du 1er juillet au 30 septembre 2022 était achevé à la date de la décision en litige et qu'il se trouvait donc privé de rémunération. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B doivent être écartés.

4. Eu égard à ce qui vient d'être dit au point qui précède, le moyen tiré de l'erreur de fait quant à la mention précitée contenue dans l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

6. En vertu des dispositions citées au point 5, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis au vu notamment du rapport médical établi par le médecin rapporteur. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par ledit collège. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Quand bien même M. B déplore n'avoir reçu de l'OFII que la communication partielle de son dossier médical, les éléments qu'il verse et soumis au débat contradictoire permettent au Tribunal, suffisamment éclairé par les pièces produites, d'apprécier la situation médicale de l'intéressé, sans qu'il soit besoin de demander la communication de l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et sans que la circonstance invoquée par le requérant, qui n'a pas levé le secret médical, soit constitutive d'un vice de procédure.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 6 février 2023, qu'il a fait sien, qui conclut que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins dans son pays d'origine, l'intéressé pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Si le requérant produit un bulletin de situation de son hospitalisation au centre hospitalier de Béziers du 18 au 24 novembre 2021, indiquant y avoir été admis pour la prise en charge d'un trouble psychiatrique nécessitant un traitement au long cours, et plusieurs ordonnances médicales prescrivant des médicaments dans le cadre du traitement d'une affection de longue durée, il ne conteste pas utilement la circonstance selon laquelle les traitements appropriés seraient disponibles dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées au point 5 doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. B soutient qu'il a quitté le Canada depuis deux ans où il dit ne disposer d'aucune attache familiale et que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe en France auprès de ses parents et de sa sœur. Toutefois, à la date de la décision attaquée, la présence en France de M. B est inférieure à deux ans. Célibataire et sans charge de famille, il a vécu au Canada jusqu'à l'âge de 41 ans, éloigné de sa famille. Hormis une brève période d'emploi durant la saison estivale 2022, il ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle particulière. Enfin, l'intéressé ne démontre pas qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié au Canada. Dans ces conditions, nonobstant les soins médicaux qu'il reçoit en France, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Les moyens tirés de la la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", () sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. Si M. B se prévaut de son état de santé nécessitant qu'il soit entouré et aidé par sa famille ainsi que de son activité professionnelle, il ne justifie pas, au vu de ce qui a été exposé précédemment, que sa situation relèverait de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires susceptibles de justifier son admission au séjour en application des dispositions précitées.

13. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la motivation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code se confond avec celle du refus ou du retrait de titre de séjour, dont elle découle nécessairement, et n'implique dès lors pas de motivation spécifique. L'arrêté attaqué vise l'article L. 611-1 du code précité et, ainsi qu'il a été dit au point 3, le refus de séjour est suffisamment motivé et le préfet s'est livré à l'examen de la situation personnelle de M. B. Le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre du requérant et celui tiré du défaut d'examen réel et complet de sa situation ne peuvent dès lors qu'être écartés.

14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2023

La greffière,

C. ARCE

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