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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303375

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303375

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantLEMOUDAA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2023, M. C B, représenté par

Me Lemoudaa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 9 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'absence de délégation de signature régulière accordée à Mme E A, l'arrêté contesté émane d'une autorité incompétente ;

- l'omission de l'heure de notification entache d'illégalité l'arrêté ;

- à défaut de préciser que l'obligation de quitter le territoire concerne le territoire français, cette décision est entachée d'illégalité ;

- le contrôle d'identité auquel il a été soumis est irrégulier dès lors qu'il a été opéré en dehors du champ des réquisitions du procureur de la République et en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 7 août 1991, entré sur le territoire national le 3 janvier 2022 selon ses déclarations, demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 9 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

2. Par un arrêté du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial du même jour, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme E A, cheffe de la section éloignement, une délégation à l'effet de signer " tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Mme A était ainsi habilitée à signer l'arrêté du 9 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ () ".

4. M. B ne justifie pas être entré régulièrement le 3 janvier 2022, via l'Espagne, sur le territoire français, où il s'est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, il entrait dans le cas, prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français. Le préfet de l'Hérault pouvait dès lors, par l'arrêté contesté qui prononce expressément en son article 1er une obligation de quitter le territoire français, légalement prendre une telle décision à son encontre.

5. En deuxième lieu, l'appréciation des conditions d'interpellation et d'audition par les services de police d'un étranger relève de la compétence des autorités judiciaires. Dès lors, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions de l'interpellation du requérant. En tout état de cause, la mesure d'éloignement, eu égard à sa nature et à son objet, n'est pas conditionnée par la régularité d'une interpellation par les services de police. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle d'identité auquel le requérant a été soumis est inopérant.

6. En troisième lieu, si le requérant se prévaut de ce que la notification de l'arrêté en litige ne précise pas l'heure à laquelle celui-ci lui a été notifié, le 9 juin 2023, cette circonstance est cependant sans incidence sur la légalité de la décision prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

8. M. B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, où il séjourne sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il est constant qu'il n'est pas en possession de documents d'identité ou de voyage valides. Pour ces seuls motifs, le préfet de l'Hérault pouvait légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Ainsi, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant une telle décision.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Le requérant, qui soutient être entré en France le 3 janvier 2022, ne peut se prévaloir de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, à la date de l'arrêté contesté. L'intéressé, célibataire sans enfant, a conservé d'importantes attaches familiales en Algérie, où résident ses parents et deux frères. Ainsi alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée. Dès lors, le moyen, tiré de l'inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 9 juin 2023.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

H. DLe greffier,

Signé :

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juillet 2023

Le greffier,

D. Martinier

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