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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303421

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303421

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, M. A C, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler son titre de séjour étudiant et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé le délai de deux mois suivant notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et, dans les trois jours suivant la notification du jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le temps d'examen de sa situation et de lui notifier une nouvelle décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision est entachée d'erreur de fait, d'une méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une méconnaissance par le préfet de son pouvoir d'appréciation car il justifie de ses échecs universitaires ;

- la décision est entachée d'erreur de fait, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que d'une méconnaissance par le préfet de son pouvoir d'appréciation au vu de ses attaches privées en France et de l'ancienneté de son séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation étant donné sa situation personnelle et son parcours universitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant colombien né en 1990, est entré en France en décembre 2017 sous couvert d'un visa étudiant. A compter du 18 octobre 2018, il a bénéficié de titres de séjour, en sa qualité d'étudiant, régulièrement renouvelés jusqu'au 10 décembre 2022. Par arrêté du 29 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022353-0003 du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, visé par l'arrêté attaqué et produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. B délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " à l'exception de deux catégories d'actes qui ne concernent pas les décisions prises en matière de séjour et éloignement des étrangers. Cette délégation de signature habilitait ainsi M. B à signer l'arrêté pris à l'encontre du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté

3. En deuxième lieu, le préfet a développé les circonstances de droit et de faits qui fondent sa décision permettant au requérant d'utilement la contester. Contrairement à ce que fait valoir le requérant, le préfet a notamment précisé sa date d'entrée en France, en décembre 2017, ainsi que les étapes de son cursus universitaire incluant la validation de diplômes universitaires d'études françaises. Si M. C fait grief au préfet de ne pas avoir précisé les raisons qui justifient ses échecs universitaires de 2019 à 2022, la décision précise qu'aucun élément probant ou pertinent n'a été apporté par l'intéressé et ce dernier, en se bornant à évoquer, sans l'établir, un état dépressif aggravé par les conditions de vie durant l'épidémie de Covid-19 ainsi qu'une recherche infructueuse de stage, ne démontre pas que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation personnelle. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision et du défaut d'examen de sa situation doivent donc être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir validé des diplômes universitaires d'études françaises niveau B1, B2 puis C1 en 2017/2018 et 2018/2019, M. C s'est inscrit en master électronique, énergie électrique et automatique sans néanmoins le valider compte tenu d'une défaillance à l'issue de l'année 2019/2020 et d'ajournements pour les années 2020/2021 et 2021/2022. S'il évoque un état dépressif, aggravé par les conditions de vie dues à l'épidémie de Covid-19, ainsi que des recherches infructueuses de stage, il n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de fait, ni méconnaître, d'une part, les dispositions précitées et, d'autre part, son pouvoir d'appréciation, que le préfet a pu refuser de renouveler le titre de séjour de M. C.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. C, célibataire et sans enfant à charge, présent sur le territoire français qu'en vertu des titres de séjour étudiant accordés, n'avait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. S'il souligne néanmoins l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles il aurait tissé des liens amicaux d'une particulière intensité ou entretiendrait une relation avec un ressortissant français ou aurait bénéficié d'un contrat de travail. Dans ces conditions, alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie en Colombie, c'est sans commettre d'erreur de fait, ni méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu prendre les décisions en litige.

8. Enfin, si la décision en litige implique pour le requérant de rejoindre son pays d'origine dans un délai de 30 jours, il n'est pas établi que M. C serait isolé en Colombie où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans ni qu'il y serait dénué de perspectives universitaires ou professionnelles. Dans ces conditions, et eu égard aux éléments développés aux points 5 et 7 du présent jugement, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de la situation universitaire et personnelle de M. C que le préfet a pu prendre l'arrêté en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de l'arrêté du 29 mars 2023 refusant de renouveler son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, pris par le préfet des Pyrénées-Orientales. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 septembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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