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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303448

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303448

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 13 juin 2023 et le 8 septembre suivant sous le numéro 2303448, Mme E B, représentée par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il appartient au préfet de produire l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration ; à défaut pour le collègue des médecins de s'être prononcé dans son avis sur les éléments détaillés à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, l'arrêté serait entaché d'un vice de procédure ;

- il appartient également au préfet de produire les fiches pays sur lesquelles le collège des médecins s'est fondé pour rendre sa décision ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure au regard du rapport médical produit, dans lequel la question de l'accès aux soins en Albanie n'est pas évoquée et qui mentionne la stabilisation de l'état de santé de son enfant alors que l'origine de l'hypotonie dont il souffre n'est pas établie ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 mai 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 13 juin 2023 et le 8 septembre suivant sous le n° 2303449, M. D B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il invoque des moyens identiques à ceux soulevés dans l'affaire n° 2303448.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 mai 2023, M. B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Moulin pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes n° 2303448 et 2303449, présentées par Mme E B et M. D B, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 mai 2023. Par suite, il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées par les requérants :

3. Mme E B et M. D B, ressortissants albanais nés respectivement en 1989 et en 1987, ont déclaré, sans en justifier, être entrés en France le 9 octobre 2022, accompagnés de leur fils mineur A B, né le 19 avril 2021. Le 31 octobre 2022, le couple a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Les demandes d'asile des intéressés ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 14 décembre 2022, décisions confirmées par deux ordonnances de la Cour nationale du droit d'asile du 21 avril 2023. Le 31 janvier 2023, M. et Mme B ont sollicité leur admission au séjour en raison de l'état de santé de leur enfant. Par deux arrêtés du 3 avril 2023, le préfet de l'Hérault a rejeté leurs demandes et prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, les intéressés demandent l'annulation de ces arrêtés.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Le préfet produit en défense l'avis émis le 20 mars 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Si cet avis indique que l'état de santé de l'enfant des requérants nécessite une pris en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelles gravité, il précise que l'enfant peut bénéficier d'un traitement approprié en Albanie et que son état de santé ne fait pas obstacle à un voyage sans risque vers son pays d'origine. Il comporte ainsi l'ensemble des mentions requises par les dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016.

6. En outre, la circonstance que l'OFII n'ait pas procédé à la transmission aux requérants des " fiches pays " contenues dans la bibliothèque d'information santé sur le pays d'origine (BISPO), sur lesquelles le collège des médecins s'appuie, notamment, pour évaluer la disponibilité des soins dans les pays étrangers, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux dès lors qu'aucune disposition légale ou règlementaire ni aucun principe n'impose la communication au requérant de tels éléments, au demeurant accessibles sur le site internet de l'OFII, préalablement à l'intervention d'une décision de refus de titre de séjour.

7. Par ailleurs, si les requérants font grief au rapport médical, établi par le médecin rapporteur après consultation de l'enfant, d'indiquer que le stade évolutif de sa maladie, en termes de score ou de classification, est impossible à évaluer tout en concluant à un pronostic de stabilisation, il est constant que, dans la nomenclature des rapports médicaux de l'OFII, ces deux notions ne se recoupent pas, la première faisant référence à l'évaluation de la gravité de la pathologie et la seconde étant une appréciation de l'évolution de celle-ci. En outre, si les intéressés font état du passage aux urgences de leur fils en mars 2023 en raison d'une crise d'épilepsie pour contester une stabilisation de son état de santé, cet événement isolé n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le médecin rapporteur.

8. Il s'ensuit que le moyen tiré de vices de procédure dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

10. Il résulte de ces dispositions que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

11. Dans son avis émis le 20 mars 2023, le collège des médecins de l'OFII a considéré que, si l'état de santé du fils de Mme et M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'enfant peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers l'Albanie. Si les requérants font valoir que l'origine de l'hypotonie axiale dont souffre leur fils n'a pas été déterminée et qu'ils n'ont pu bénéficier d'une prise en charge médicale adéquate de leur enfant dans leur pays d'origine, les éléments versés à l'appui de leurs allégations, notamment le certificat médical du 11 mai 2023, établi par un médecin généraliste postérieurement à l'arrêté contesté, ne permettent pas de démontrer que le jeune A ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge appropriée en Albanie. Dans ces conditions, faute pour les intéressés d'apporter des éléments de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII quant à la possibilité pour leur fils de bénéficier d'une prise en charge médicale et du suivi nécessités par son état de santé actuel en Albanie, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 425- 9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11., les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur retour dans leur pays d'origine méconnaîtrait l'intérêt supérieur de leur enfant en raison de son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, par suite, être écarté.

14. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 1., les demandes d'asile présentées par les époux B ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile et les intéressés n'établissent ni même n'allèguent avoir présenté des éléments nouveaux, dans le cadre de leurs demandes de titre de séjour, sur les risques auxquels les exposerait leur retour dans leur pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants avant d'adopter la décision fixant le pays de destination et qu'il aurait commis une erreur de fait ou d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme et M. B tendant à l'annulation des arrêtés du 3 avril 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme et M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de Mme et M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. D B, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Marc Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

S. C

L'assesseure la plus ancienne,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C.Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2023,

La greffière,

C. Arce

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