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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303456

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303456

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantJACQUINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 12 juin 2023, M. A B, représenté par Me Jacquinet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 30 mai 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, avec une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement du signalement le concernant dans le fichier européen de non admission ;

4°) de condamner la préfecture des Pyrénées-Orientales à verser à Me Jacquinet la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'Etat accordée au requérant.

Il soutient que :

- le renvoi du dossier à une audience ultérieure doit être ordonné du fait de la présentation de conclusions dirigées contre le refus de séjour qui ne relèvent pas de la compétence du magistrat désigné et dès lors que le délai de jugement de l'obligation de quitter le territoire français est insuffisant dans la mesure où il est actuellement détenu ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- le préfet méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- il a entaché ses décisions d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- le préfet méconnaît les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de droit en fondant son refus de séjour sur les articles L. 431-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il a toujours rempli les conditions pour obtenir la délivrance du titre sollicité et qu'il n'a jamais fait obstacle à des contrôles ni refusé de déférer aux convocations ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, dès lors que la décision de refus de séjour est illégale, ainsi qu'il vient de l'être exposé, et qu'il n'entre pas dans le cas du 5° de cet article ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B au paiement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour devront être renvoyées à une audience collégiale ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par décision du 3 août 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 28 mai 2001, déclare être entré irrégulièrement en France le 4 septembre 2017. Après avoir été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, il a obtenu une première carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable du 5 février 2019 au 4 février 2020 régulièrement renouvelée. Le 14 février 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre expiré depuis le 4 février 2022. Le 13 avril 2022 il a été placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Perpignan et y est actuellement incarcéré à la suite de sa condamnation à dix-huit mois d'emprisonnement par jugement du tribunal correctionnel de Perpignan du 15 avril 2022. M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 30 mai 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". La caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B ayant été constaté le 3 août 2023, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.

Sur l'étendue du litige soumis à la formation de jugement :

3. Par un jugement du 13 juin 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a, par application des dispositions combinées des articles L. 614-1, L. 614-14 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, rejeté les conclusions de la requête de M. B à l'exception de celles dirigées contre la décision de refus de séjour qui ont été renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Montpellier. Dès lors, il y a lieu de ne se prononcer que sur ces seules conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

4. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2022235-007 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour et produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. D C, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Cette délégation de signature habilitait donc M. C à signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

5. L'arrêté contesté mentionne les considérations de droit et de faits sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de délivrer à M. B un nouveau titre de séjour. Le préfet a notamment précisé le parcours personnel et professionnel de l'intéressé en France ainsi que les raisons pour lesquelles il estime que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public justifiant que son titre de séjour ne soit pas renouvelé. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent donc être écartés.

6. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par ailleurs, la décision a été précédée d'une audition de l'intéressé réalisée le 4 mai 2023 au centre pénitentiaire de Perpignan au cours de laquelle il a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. M. B n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de faire valoir des éléments particuliers de sa situation préalablement à l'édiction de l'arrêté du 30 mai 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du respect des droits du demandeur, laconiquement soulevé, doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations ".

8. L'arrêté, où sont citées les dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, malgré l'erreur de plume commise dans la référence de celui-ci, et relatées les trois condamnations figurant sur le bulletin n°2 du casier judiciaire de M. B, est motivé par le fait qu'eu " égard à ses multiples interpellations pour des faits d'ordre public et aux condamnations dont il a fait l'objet, son comportement représente une menace à l'ordre public et qu'ainsi il ne démontre pas son intégration dans la société française ". Le préfet a donc entendu motiver le refus de séjour par le motif déterminant de la menace pour l'ordre public. M. B, qui ne conteste pas ce motif, ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il serait présent en France en situation régulière, qu'il remplirait les conditions pour obtenir la délivrance du titre de séjour et qu'il n'a jamais fait obstacle à des contrôles ni refusé de déférer aux convocations.

9. Si M. B, pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, a séjourné régulièrement en France jusqu'en février 2022, il est célibataire et sans charge de famille alors qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine où vivent son père et sa sœur. Par ailleurs, malgré l'obtention d'un CAP en juillet 2020 et l'exercice d'une activité professionnelle, il ne justifie pas d'une intégration particulière. En effet, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 7 janvier 2021 par le Tribunal Correctionnel de Perpignan à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 21 août 2020. Il a ensuite été condamné le 3 février 2022 pour des faits de violence sur une personne vulnérable sans incapacité en récidive, menace de crime ou délit contre des personnes ou des biens à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique et enfin violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive par jugement du Tribunal Correctionnel de Perpignan à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans. Enfin, par un jugement du 15 avril 2022 du Tribunal Correctionnel de Perpignan M. B a été condamné à une peine d'emprisonnement d'un an et six mois avec révocation pour six mois du sursis probatoire prononcé le 3 février 2022 pour des faits d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le 7ème jour et violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, faits commis le 11 avril 2022. Dans ces conditions et compte tenu de la menace pour l'ordre public que constitue son comportement, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs que ceux ci-dessus développés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être écarté.

10. M. B étant célibataire et sans charge de famille, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant et doit être écarté.

11. M. B, de nationalité malienne, ne fait état dans sa requête d'aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine, et n'en avait pas évoqué non plus lors de l'entretien mené le 4 mai 2023. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en vertu duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", laconiquement soulevé, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision du 30 mai 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour prise par le préfet des Pyrénées-Orientales.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'opposent à ce que la somme réclamée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le préfet des Pyrénées-Orientales sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle de M. B.

Article 2 : Les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre le 30 mai 2023 ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Jacquinet.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 septembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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