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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303483

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303483

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303483
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFELIZ RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juin 2023 et le 12 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et prononcé une interdiction de circulation d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée s'agissant notamment de l'ancienneté de son séjour, de ses attaches familiales, de son insertion professionnelle et de la menace à l'ordre public que son comportement constituerait ;

- son droit d'être entendu a été méconnu car il lui est reproché de ne pas fournir de preuves dont il ne dispose pas ;

- le préfet a commis une erreur de fait en ne tenant pas pour établies ses déclarations quant à l'ancienneté de son séjour et son intégration professionnelle ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation s'agissant notamment de ses conditions d'insertion et de ses intérêts privés et familiaux ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation car il n'y a pas d'urgence à l'éloigner ;

- l'interdiction de circulation de trois ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation étant donné la présence de son père sur le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause Escale Knoepffler Huot Piret Joubes conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, en vertu de l'article R. 411-1 du code de justice administrative car elle est dénuée de conclusion et moyen ;

- les moyens de légalité externe sont inopérants car aucun moyen relevant de cette cause juridique n'a été soulevée dans les délais de recours ;

- en tout état de cause, la décision a été signée par une autorité compétente et est suffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale du requérant ;

- l'absence de délai de départ volontaire est justifié par le risque de fuite ;

- l'interdiction de circulation est justifiée par la menace à l'ordre public et l'absence de vie privée et professionnelle du requérant en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;

- les observations de Me Moulin, représentant M. B ;

- les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à l'encontre de M. B, ressortissant portugais né en 1995, une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire d'une durée de 3 ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. A titre liminaire, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux citoyens de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. En premier lieu, le préfet a détaillé les circonstances de droit et de faits qui fondent sa décision et notamment les raisons qui le conduisent à considérer que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public, justifiant son éloignement. En l'espèce, le fait de viser les deux condamnations prononcées à son encontre en 2020 et 2021, pour des faits de " vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt " puis pour des faits de " violence commise en réunion suivie de mutilation ou infirmité permanente " conduisant à une peine d'emprisonnement délictuel de huit ans constitue une motivation suffisante.

4. S'il est vrai que le préfet ne précise pas la date alléguée d'entrée en France du requérant, en 2013, ni la présence de son père sur le territoire, il a précisé que l'intéressé, qui est célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas l'ancienneté de son séjour ni être dépourvu de tout lien privé et familial dans son pays d'origine. Par ailleurs, le préfet a relevé l'absence d'exercice effectif d'une activité professionnelle et les déclarations de M. B selon lesquelles il exerce une activité professionnelle dans les domaines du " bâtiment, électricité, espace vert ", sans précision sur la nature ou les conditions de celle-ci ne permettent pas de conclure que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut de motivation. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écartée.

5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. Il ressort d'une note de renseignements établie le 7 juin 2023, versée aux débats, que le requérant a été amené à apporter des précisions sur sa situation et qu'il a été avisé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Si le requérant fait valoir que son droit d'être entendu a été méconnu car la véracité de ses déclarations a été remise en cause par le préfet qui souligne le défaut d'élément probant fiable quant à sa présence sur le territoire et l'absence d'activité professionnelle, M. B n'établit pas l'impossibilité qu'il allègue de fournir des preuves relatives à sa présence en France, à ses attaches privées et familiales ou à son intégration professionnelle alors au demeurant qu'il a déclaré vivre avec son père. Si le requérant a produit, dans le cadre de la présente instance, des documents relatifs à ses activités professionnelles depuis décembre 2015 jusqu'à juin 2018 ainsi qu'une attestation de son employeur actuel et aux ressources dont il dispose, ces derniers ne sont pas susceptibles d'influencer sur le sens de la décision en litige, dans la mesure, d'une part, où celle-ci relève à juste titre que son incarcération est incompatible avec une insertion professionnelle pouvant permettre à M. B de disposer des ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale et que, d'autre part, l'insertion professionnelle du requérant demeure limitée faute d'un parcours cohérent ou stable. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des éléments précités que le requérant n'établit pas une insertion professionnelle particulière ou le bénéfice de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale. Dès lors, en soulignant l'absence d'exercice d'une activité professionnelle, alors que l'intéressé est incarcéré depuis plus de cinq ans, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait. Egalement, si le préfet remet en cause l'ancienneté du séjour de dix années sur le territoire français déclaré par M. B, ce dernier n'établit pas, par ses seules déclarations, que le préfet commettrait ainsi une erreur de fait. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait commise par le préfet doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si le préfet n'a pas précisé la date des infractions et délits commis par le requérant ni étudier son comportement depuis la commission de ces faits, ces circonstances ne permettent pas de conclure qu'il n'aurait pas valablement étudié la menace à l'ordre public que constitue son comportement eu égard à la nature, la gravité et au caractère répété des condamnations récemment prononcées à son encontre. Par ailleurs, il résulte des éléments développés aux points 4 et 7 du présent jugement que le préfet a pris en compte la situation personnelle et familiale du requérant avant de prendre la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa situation doit être écarté.

9. En cinquième lieu, à supposer même que M. B soit arrivé en France alors qu'il était âgé de 17 ans pour rejoindre son père après le décès de sa mère, il n'établit pas être dénué de tout lien privé ou familial dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il déclare retourner " pendant les vacances " ni l'impossibilité, le cas échéant, pour son père, de le rejoindre. Par ailleurs, le requérant n'établit pas son intégration socio-professionnelle. Enfin, s'il souligne l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés, commis en 2018, leur gravité et leur multiplicité permet de considérer que le comportement de l'intéressé constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dès lors, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées au point 2 du présent jugement, que le préfet a pu obliger M. B à quitter le territoire français.

Sur le délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. Si le requérant soutient que sa levée d'écrou ne pourra intervenir avant 2024, il ressort de sa fiche pénale, versée aux débats, que la fin de sa peine est actuellement prévue pour le 4 septembre 2023, sous réserve du bénéfice ultérieure de crédits de réduction de peine. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas établi que les conditions de réinsertion du requérant seraient susceptibles de justifier l'absence de menace à l'ordre public, le préfet, en se référant à ladite menace, justifie de l'urgence à prendre la décision en litige. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation, de l'erreur de fait ou de l'erreur d'appréciation commise par le préfet doivent être écartés.

Sur l'interdiction de circulation :

12. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

13. A supposer même que le père de M. B réside en France, il n'est pas établi que ce dernier y séjournerait régulièrement ni qu'il ne pourrait, le cas échéant, retourner, même temporairement, au Portugal. Dans ces conditions et eu égard aux circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'opposent à ce que la somme réclamée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le préfet des Pyrénées-Orientales sur le fondement de ces mêmes dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Moulin.

Décision rendue par publique par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La magistrate désignée,

A. Lesimple

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 17 juillet 2023.

Le greffier,

D. Martinier

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