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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303493

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303493

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023, M. D B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- l'arrêté est entaché d'erreurs de fait sur sa situation professionnelle, sur sa demande de régularisation et sur l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français, la décision portant absence de délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il ne remplit pas les conditions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant son éloignement sans délai de départ volontaire ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception, la décision portant absence de délai de départ volontaire sur laquelle elle est fondée étant elle-même illégale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2023 :

- le rapport de Mme Doumergue ;

- les observations de Me Carbonnier, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 9 juin 1982, est entré sur le territoire français en novembre 2018 selon ses allégations afin de solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande par des décisions respectivement du 7 juin 2021 et du 3 septembre 2021. Par un arrêté du 23 décembre 2021, le préfet des Yvelines a rejeté la demande de titre de séjour de M. B et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 14 juin 2023, pris suite à l'interpellation du requérant par les forces de l'ordre, le préfet des Pyrénées-Orientales a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 14 juin 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2023104-001 du 14 avril 2023, publié régulièrement au recueil des actes administratifs de la préfecture, du 20 avril 2023, accessible au juge comme aux parties sur le site internet de la préfecture, le préfet des Pyrénées Orientales a donné délégation de signature à M. C A, directeur de la citoyenneté et de la migration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Pyrénées-Orientales a notamment estimé que M. B circulait irrégulièrement en France et qu'il ne démontrait pas avoir effectué de démarche pour régulariser sa situation depuis le rejet de sa demande d'asile. Si M. B soutient qu'il aurait tenté sans succès de déposer une demande de titre de séjour à la préfecture des Pyrénées-Orientales, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France, qu'il s'y est maintenu irrégulièrement depuis le rejet de sa demande d'asile en 2021 et qu'il n'apporte aucun commencement de preuve quant à ses démarches de régularisation. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de fait et le moyen doit être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B soutient être entré en France en décembre 2018 où il dispose d'un emploi et apporte une aide quotidienne à son employeur en situation de handicap. Toutefois, les pièces produites par M. B ne permettent d'établir sa présence continue sur le territoire français uniquement depuis avril 2022, le requérant indiquant lui-même avoir quitté le territoire pour se rendre en Italie suite au rejet de sa demande d'asile. Par ailleurs, si M. B semble désormais bien intégré sur le territoire français, où il dispose effectivement d'un emploi déclaré depuis le 1er avril 2022 et de revenus licites, l'arrêté étant entaché sur ce point d'une erreur de fait, et d'un logement, cette situation est récente à la date de la décision attaquée. Enfin, M. B ne sera pas isolé en cas de retour dans son pays d'origine où réside toujours sa femme et ses trois enfants. Dans ces conditions, et alors que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur le motif tiré de l'absence de revenus licites, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B au regard des buts de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas sollicité de titre de séjour suite au rejet de sa demande d'asile en 2021, le requérant n'apportant aucun élément permettant de démontrer qu'il aurait tenté sans succès de déposer une demande de titre de séjour. Par ailleurs, M. B ne conteste pas s'être maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de la dernière autorisation provisoire de séjour délivrée dans le cadre de sa demande d'asile. Si M. B soutient qu'il a exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 23 décembre 2021, il ne produit aucune pièce de nature à l'établir et se borne à soutenir qu'il serait parti quelques mois en Italie suite à cette décision. Enfin, si M. B dispose d'un logement stable, contrairement à ce qui est indiqué dans la décision attaquée, il n'a produit aucun document d'identité. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne ressort pas de son procès-verbal d'audition qu'il aurait manifesté son intention de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement, le préfet pouvait décider, sur le fondement des 1°, 3°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'obliger M. B à quitter le territoire français sans délai.

10. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 10 du présent jugement que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire n'est pas établie. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour doit être écartée.

12. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Aucun délai de départ n'ayant été accordé à M. B, il est dans la situation, prévue par les dispositions de l'article L. 612-6, où l'administration assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français en l'absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle. Il ressort des pièces du dossier que M. B se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis la décision de rejet de sa demande d'asile et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. En outre, eu égard aux circonstances indiquées au point 7 du présent jugement, le requérant ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

14. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique pas la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour à M. B ni le réexamen de sa demande. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de prendre de telles mesures doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Ruffel.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 19 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. DoumergueLe greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juillet 2023.

Le greffier,

D. Martinier

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