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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303519

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303519

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationmagistrat LAFAY
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, M. A B D, représenté par Me Gallon demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement dans le cadre des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de l'Hérault de se prononcer à nouveau sur sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que sa situation doit être appréciée au regard de la seule circonstance qu'il est dépourvu de logement et hébergé, sans faire intervenir le critère de sur-occupation ;

- à titre surabondant, le logement est inadapté à l'accueil de 7 personnes, dès lors qu'il ne dispose que de 3 chambres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, et une transmission de pièces enregistrée le 30 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une décision du 26 avril 2023, M. E B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lafay, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lafay,

- les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Hérault,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D a saisi le 7 septembre 2022, la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente en faisant état qu'il était dépourvu de logement et hébergé chez un particulier avec son épouse et ses trois enfants. Par une décision du 10 janvier 2023 la commission a rejeté sa demande au motif que les conditions dans lesquelles est hébergé le requérant par un membre de sa famille ne justifient pas de l'urgence pour l'attribution d'un logement ; en effet, le requérant occupe un logement de type T4 présentant une surface de 78 m2 où vivent 7 personnes. Par la présente requête, M. B D demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation :

" II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article L. 441-1-4-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B D et son épouse étaient hébergés depuis août 2020 avec leurs trois enfants par un cousin et son épouse, locataire d'un logement d'une superficie de 77,97 m². L'existence de cet hébergement familial, alors même qu'il n'a pas vocation à devenir permanent, s'oppose à ce que les intéressés soient regardés comme " dépourvus " de logement. Par ailleurs, le requérant ne justifie ni de la précarité de cet hébergement, ni de son caractère inadapté, ni du caractère sur-occupé du logement qu'il occupe, eu égard aux normes d'occupation prévues à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitat. Dans ces conditions, la commission de médiation n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à sa demande de logement.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Gallon.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024

Le magistrat désigné,

L.-N. Lafay La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 septembre 2024

La greffière,

L. Rocher

lr

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