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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303582

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303582

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 juin, 31 juillet et 13 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault à titre principal de lui délivrer une carte de séjour et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) ne lui a pas remis son entier dossier médical ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.

Par des mémoires, enregistrés les 28 juillet et 8 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les observations de Me Bazin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 10 octobre 1997, déclare être entré en France le 14 septembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) le 27 juillet 2020, décision confirmée le 11 mars 2021 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 5 janvier 2023 l'intéressé a formé une demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure en ce que l'OFII ne lui aurait pas communiqué un des certificats médicaux sur lequel s'est notamment appuyé le médecin rapporteur de l'OFII, il n'est pas démontré que l'absence de ce document, à la supposer établie, ait eu une incidence sur l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII. En tout état de cause, dès lors que ce certificat a été établi par un médecin assurant son suivi médical, M. A ne saurait sérieusement soutenir ne pas en avoir eu connaissance. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () " La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 20 mars 2023 selon lequel si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé existant dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et voyager sans risque vers ce pays.

7. Il ressort des pièces du dossier et du dossier médical de M. A soumis à l'OFII que l'intéressé bénéficie de traitements pour une cure de hernie ombilicale réalisée le 17 mars 2023, d'un suivi algologique avec injection de toxine botulique, tradamol et paracétamol, d'un soutien psychologique et d'un suivi chirurgical en vue d'un second temps opératoire d'ablation de corps étrangers en lien avec un traumatisme balistique remontant à 2019. L'intéressé fait valoir sans toutefois l'établir que les médicaments dont il a besoin quotidiennement ne sont pas effectivement disponibles au Nigeria, que l'accès aux soins est payant alors qu'il ne dispose d'aucune ressource, et que par ailleurs certaines molécules nécessaires à sa santé ne seraient pas commercialisées dans son pays. Il soutient que les indicateurs de l'OMS et de l'ONU mettent en évidence l'état catastrophique du système de santé et de la prise en charge médicale au Nigéria qui ne bénéficie pas d'infrastructures adaptées et de médecins psychiatres spécialistes effectivement accessibles. Toutefois, ces allégations générales ne sont pas de nature à infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII sur la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Nigéria. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 431-5 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire sans charge de famille, déclare être entré en France en septembre 2019 et n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Nigéria, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où résident sa mère et sa sœur. S'il se prévaut de son suivi médical pluridisciplinaire en France, il résulte de qui précède qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé existant dans le pays dont il est originaire, il pourra y bénéficier d'un traitement approprié. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a noué des liens privés et amicaux en France notamment grâce à l'association Welcome et à une prise en charge par des familles qui l'hébergent, cette affirmation au demeurant non établie ne suffit pas à démontrer qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L.431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a toutefois examiné si l'intéressé pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement, en relevant qu'il ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. S'il ne saurait être contesté que le requérant souffre de traumatismes physiques et psychologiques liés à une attaque par balle dont il a été victime en 2019, ces éléments ne constituent pas, à eux seuls, des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, de mention spécifique dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées. En l'espèce, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté, dès lors que comme il a été dit au point n°2, la décision portant refus de titre de séjour opposé à M. A est suffisamment motivée et l'arrêté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant qu'un refus de titre de séjour peut être assorti d'une telle obligation.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points n°6 et n°7 que si l'avis du collège des médecins de l'OFII du 20 mars 2023 indique que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant n'apporte pas d'élément de nature à infirmer l'analyse du collège de médecins sur la possibilité pour lui de bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Nigéria. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point n°9 le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation des conséquences de sa décision quant à la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle se fonde.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

16. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ainsi que les faits qui en constituent le fondement, au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, M. A ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point n°9, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation des conséquences de sa décision quant à la situation personnelle du requérant doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 mars 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 octobre 2023

Le greffier,

S. Sangaré

N°230358

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