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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303655

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303655

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFELIZ RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2023 à 16h51 et des pièces complémentaires enregistrées le 26 juin suivant, M. D C, représenté par Me Feliz Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son avocat sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Feliz Rodriguez, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et ajoute que M. C a fait une demande de titre de séjour dans le département de l'Essonne dont il est justifié au dossier, que cette demande est en cours d'instruction ce dont il n'a pas été tenu compte par le préfet des Pyrénées-Orientales, révélant ainsi un défaut d'examen réel et complet et une erreur de droit, qu'il n'a pas encore reçu de réponse, les services de la préfecture de l'Essonne étant surchargés, que M. C est inséré socialement ainsi que le démontrent ses bulletins de paie, que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle, que les différents signalements délictueux relevés à son encontre n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- les observations de M. C, assisté de M. A B, interprète en langue arabe qui expose être en situation de concubinage avec une ressortissante française depuis le mois de mai 2021 avec laquelle il projette de se marier, qu'il a travaillé en qualité de commis de cuisine pendant deux ans puis comme cuisinier pendant trois ans dans un restaurant asiatique à Evry (91), qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche pour occuper un emploi de vendeur dans un magasin d'antiquités à Nantes où réside sa compagne, qu'il a l'intention, avec sa compagne, de retourner vivre sur Paris et y ouvrir un restaurant, qu'il possède des attaches familiales en France, notamment des tantes et du côté de son père, certains membres de la famille étant nés en France, d'autres de nationalité française ;

- le préfet des Pyrénées-Orientales, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien né le 1er mars 1994, sous le coup d'un mandat de recherche émis le 6 mars 2023 par le tribunal judiciaire de Nantes, pour l'infraction de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, a été interpellé, le 21 juin 2023, par les services de la police aux frontières du Perthus au niveau de la grande barrière de péage de l'autoroute A9, alors qu'il se trouvait dans un bus assurant la liaison entre Murcia (Espagne) et Paris. Constatant qu'il était dépourvu de tout document d'identité, le préfet des Pyrénées-Orientales a, par un arrêté du 21 juin 2023, obligé M. C à quitter le territoire français sans délai en application du 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C.

3. Pour prendre l'arrêté contesté comportant obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé notamment sur les circonstances que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il ne démontre pas avoir effectué des démarches afin de régulariser sa situation. L'arrêté attaqué fait référence aux déclarations qu'il a faites lors de son audition par les service de police le 21 juin 2023, consignées dans le procès-verbal n° 00566/2023/000240, selon lesquelles " il n'aurait pas fait de demande de titre de séjour ni de demande de protection au titre de l'asile depuis son départ de son pays d'origine " et mentionne également, au titre de l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prononcée à son encontre, " qu'il se maintient, selon ses déclarations, en situation irrégulière en France et ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement dans l'espace Schengen, sans avoir sollicité de titre de séjour, même s'il déclare avoir commencé à faire ses démarches il n'en apporte pas la preuve, et l'interrogation des fichiers réglementaires a permis de constater que tel n'était pas le cas, ménageant ainsi volontairement sa clandestinité au regard du séjour ". Il ressort cependant de la lecture du procès-verbal d'audition du 21 juin 2023 que M. C a indiqué avoir demandé auprès de la préfecture d'Evry-91 un titre de séjour en 2020 qui lui a été refusé en raison de l'absence de production d'un document que sa demande a été refusée car le document a été présenté hors délai et il a précisé qu'en mars 2023, par l'intermédiaire de son avocat, il avait " demandé une audience pour demander un titre de séjour car cette fois, toutes les conditions sont réunies ". M. D C verse à l'instance une attestation issue du site " demarches-simplifiees.fr " émanant de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture de l'Essonne attestant du dépôt, le 22 mars 2023, d'une " demande de rendez-vous admission exceptionnelle au séjour : motif professionnel - Essonne " qui a été régulièrement enregistrée par les services de la préfecture sous le n° 10657827 dont il est précisé qu'elle est en attente d'examen par l'administration. Au vu de ces éléments, en indiquant que M. C ne démontre pas avoir effectué des démarches afin de régulariser sa situation alors qu'il a préalablement porté à la connaissance des informations quant aux démarches qu'il a entreprises en vue de régulariser sa situation auprès de la préfecture de l'Essonne et qu'à la date de l'arrêté attaqué cette demande est en cours d'instruction sans qu'aucune décision n'ait été prise, le préfet des Pyrénées-Orientales ne s'est pas livré à un examen complet de la situation du requérant avant de l'éloigner du territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans.

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. C soit examinée. Par suite, compte tenu de la demande de titre de séjour dont est saisi le préfet de l'Essonne il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent, au regard du lieu de résidence de M. C, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen.

7. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 21 juin 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, d'examiner la situation de M. C, notamment au vu de la demande de titre de séjour pendante devant le préfet de l'Essonne et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. D C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Feliz Rodriguez.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le magistrat désigné,

M. ROUSSEAULe greffier,

D. MARTINIER

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 juin 2023

Le greffier,

D. MARTINIER

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