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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303776

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303776

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin et le 10 août 2023, M. B A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve de la renonciation de ce dernier à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Des pièces, présentées pour M. A ont été enregistrées, le 25 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Bazin représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant soudanais, né en 1972, entré en France, selon ses déclarations, le 27 janvier 2020, a vu sa demande d'asile déposée le 21 février 2020, rejetée, le 31 janvier 2021, par l'office français des réfugiés et de protections des apatrides (OFPRA), décision dont la légalité a été confirmée, le 8 juin 2022, par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. A a fait l'objet, le 28 septembre 2022, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, annulée, par un jugement rendu le 29 novembre 2022, par le magistrat désigné du tribunal. Il a déposé, le 19 décembre 2022, une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en faisant valoir son état de santé. Par un arrêté du 11 avril 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, le refus de titre de séjour vise les dispositions dont il a été fait application, expose précisément les motifs, tirés de la situation propre de l'intéressé, pour lesquels le préfet a refusé de délivrer le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, et alors que la décision contestée n'a pas à exposer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués par le requérant, elle est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, en conséquence, être écarté. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la demande.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (.) ".

4. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 6 avril 2022 lequel a considéré que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et au système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier, à la date de l'avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays.

7. M. A, qui n'a pas levé le secret médical invoque seulement, pour contester l'appréciation ainsi portée par le préfet de l'Hérault, l'absence de disponibilité du traitement au Soudan en raison d'un contexte de guerre. Toutefois, et alors que les médecins du collège de l'OFII ont estimé qu'il pouvait bénéficier d'un suivi de sa pathologie dans son pays d'origine, le requérant, ne démontre pas, par les éléments qu'il produit, que le préfet de l'Hérault aurait commis, à la date à laquelle il s'est prononcé, une erreur dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire le 21 février 2020 pour rejoindre son épouse, entrée au cours du mois d'août 2017 avec leurs deux enfants, et ne s'y est maintenu qu'en raison de l'instruction de sa demande d'asile qui a été définitivement rejetée le 8 juin 2022. Il réside depuis lors irrégulièrement en France, où est né, en 2021, leur troisième enfant, sans établir aucune insertion sociale ou professionnelle, ni se prévaloir d'une famille proche, alors qu'il n'est pas contesté qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans dans son pays d'origine. Par ailleurs, si son épouse a obtenu un titre de séjour dont la durée de validité court jusqu'au 6 janvier 2024, cette circonstance ne fait pas obstacle à une reconstitution de la cellule familiale hors de France, d'autant que les demandes de réexamen des demandes d'asile des trois enfants ont été estimées irrecevables, le 16 novembre 2022. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions de refus de séjour et d'éloignement prononcées à son encontre méconnaissent les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation peut être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que les filles du requérant, dont l'aînée était âgée de 10 ans et la cadette de 7 ans, et la plus jeune de deux ans à la date des décisions contestées, ne pourraient poursuivre leur scolarité au Soudan, pays dont ils sont des ressortissants, et ce, d'autant qu'il n'est pas allégué que M. A et son épouse seraient originaires du Darfour ou auraient résidé dans une autre zone du conflit existant à la date du refus de titre de séjour contesté, avant leur entrée, à deux moments distants de 18 mois, sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 est notamment relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

13. Si M. A fait état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il n'établit pas que son état de santé ne pourrait pas y être pris en charge. En outre, à la date de la décision contestée, eu égard à la circonstance que le conflit armé au Soudan n'avait pas encore gagné la région de Khartoum, il n'établit pas qu'il y aurait été exposé à des risques actuels et personnels, sa demande d'asile ayant été, au demeurant, rejetée par l'OFPRA et par la CNDA. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

14. Toutefois, les évènements intervenus, postérieurement à la décision attaquée, au Soudan conduisant à un conflit ayant déjà fait de nombreuses victimes depuis le 15 avril 2023 sont de nature à faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement vers ce pays eu égard aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en va de même de la circonstance selon laquelle les trois filles du requérant ont obtenu, postérieurement à l'arrêté en litige, par des décisions de la CNDA non encore notifiées, le bénéfice de la protection subsidiaire.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ou vers tout autre pays où il serait légalement admissible.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction, présentées à titre principal et subsidiaire, doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A et tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré à l'issue de l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 10 octobre 2023

La greffière,

C. Arce

N°2303776 lr

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