jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303889 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | BOURRET MENDEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistré les 4 juillet et 1er août 2023, M. B A représenté par Me Bourret-Mendel demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour deux années ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement représente une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années :
- elle est insuffisamment motivée et comporte des mentions stéréotypées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bayada a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 19 juillet 1992, déclare être entré en France au cours de l'année 2021. Interpellé le 2 juillet 2023 par les services de police alors qu'il commettait des dégradations de mobilier urbain, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années, par un arrêté du préfet de l'Hérault du même jour. Par sa requête, M. A en demande l'annulation.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté fait référence aux dispositions des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, et mentionne, d'une part, que M. A est entré irrégulièrement en France en 2021 et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'autre part, qu'il a été interpellé durant les émeutes survenues dans le centre-ville de Montpellier le 2 juillet en flagrant délit alors qu'il jetait des projectiles sur les forces de l'ordre, après avoir commis des dégradations sur un panneau publicitaire urbain, en état d'ivresse, de sorte que son comportement représente une menace pour l'ordre public. En outre, le préfet a relevé que l'intéressé n'ayant pas démontré être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. La circonstance que le préfet n'a pas fait mention du décès du père du requérant ne caractérise pas un défaut de motivation dès lors que l'autorité préfectorale a par ailleurs apprécié l'existence de liens du requérant avec son pays d'origine en relevant qu'il y avait vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Ces indications ont permis à M. A de comprendre et de contester l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
4. D'une part, il est constant que M. A se maintient depuis son entrée alléguée sur le territoire français durant l'année 2021. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé en garde à vue, le 2 juillet 2023, pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité lors de manifestation sur la voie publique et dégradation de biens destinés à l'utilité ou la décoration publique. Le requérant a été pénalement condamné, pour les faits de dégradations du matériel urbain et participation à une manifestation en étant porteur d'une arme, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal judiciaire de Montpellier. Compte tenu des conditions de séjour de M. A, qui se maintient en situation irrégulière depuis plus de trois mois, le préfet de l'Hérault ne pouvait fonder l'obligation de quitter le territoire français sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mais, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le motif de l'entrée irrégulière et du maintien en situation irrégulière en France de M. A, qui justifiait à lui seul l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. M. A est entré irrégulièrement en France en 2021, selon ses déclarations et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national. Si il réside auprès de sa mère, il est célibataire, sans enfant et ne se prévaut d'aucune intégration socio-professionnelle en France. Si le requérant indique ne plus avoir de famille en Algérie à la suite du décès de son père, il ne l'établit pas, et pas plus qu'il serait isolé dans son pays d'origine, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Ainsi, nonobstant la présence de la mère du requérant en France, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par le préfet.
7. Compte tenu des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de
M. A exposés au point précédent, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
9. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
10. L'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant, qui déclare être arrivé en France durant l'année 2021, est célibataire sans enfant et ne justifie pas y avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux. Il indique, en outre, que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public en raison des faits précités de dégradation de biens publics et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Ainsi, cet arrêté, dont les motifs, qui ne sont pas stéréotypées mais attestent au contraire de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivé.
11. M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction de retour ne soit pas édictée. En l'espèce, le requérant ne produit aucune pièce de nature à justifier l'existence de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées.
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance par le préfet de l'Hérault des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle seront écartés.
13. Par ailleurs, le requérant se maintient irrégulièrement en France où il déclare être entré récemment en 2021 et où réside sa mère. En outre, son comportement constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'aurait fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, le préfet de l'Hérault n'a pas commis une erreur d'appréciation en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée fixée à deux ans qui n'est pas disproportionnée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2023 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bourret-Mendel.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
A. Bayada Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 octobre 2023.
La greffière
M-A Barthélémy
N°2303889
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026