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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303909

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303909

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantMALLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 juillet et 8 août 2023, Mme C A représentée par Me Mallet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra le cas échéant être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et lui remettre durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa demande ;

- le préfet a commis une erreur de droit en ne procédant pas à l'examen de la demande de titre de séjour au motif qu'elle ne justifiait pas de la détention d'un visa long séjour ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences du refus de séjour sur son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences du refus de séjour sur son droit au respect de la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada,

- et les observations de Me Mallet, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 10 octobre 1993 et de nationalité albanaise, déclare être entrée sur le territoire français le 5 (le 4 ') juillet 2021 accompagnée de ses deux enfants mineurs nés le 21 mai 2012 et le 16 septembre 2016. Elle a déposé, le 13 juillet 2021, une demande d'asile à la préfecture de l'Hérault, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 septembre 2021 en procédure accélérée et le 27 janvier 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 12 avril 2022, le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre mois. Mme A a sollicité, le 17 janvier 2023, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Par un arrêté du 25 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault en vertu d'une délégation qui lui a été consentie par arrêté du préfet de l'Hérault du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Cet arrêté lui donne délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, à l'exception des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation pour temps de guerre et de la réquisition des comptables publics. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision et des exceptions qu'elle prévoit, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de Mme A et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A, a ainsi suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il est constant que Mme A est entré en France sous couvert de son passeport biométrique le dispensant de visa court séjour mais ne l'autorisant pas à séjourner durablement en France. Ainsi, le préfet de l'Hérault a relevé à bon droit que l'intéressée ne disposait pas du visa long séjour prévu par l'article L. 412-1 pour la délivrance d'un titre de séjour " salarié " et qu'il n'était, par conséquent, pas tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée.

5. Il ne ressort, par ailleurs, pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation tant personnelle que familiale de l'intéressée. L'autorité administrative a notamment examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme A en qualité de salariée en relevant qu'elle ne justifiait pas, en présentant une promesse d'embauche, de motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle. Ainsi, le préfet, qui a examiné le droit au séjour de Mme A au regard de sa situation professionnelle et personnelle, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

6. En troisième lieu, Mme A soutient qu'elle réside en France depuis son arrivée en France en 2021, avec ses deux enfants, qui sont scolarisés, et qu'elle dispose d'une promesse d'embauche pour un emploi d'employée polyvalente à temps complet justifiant ainsi de réelles perspectives professionnelles. Toutefois, alors qu'au demeurant l'intéressée a été embauchée sans disposer d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente, les éléments dont elle se prévaut ne permettent pas, à eux-seuls, de considérer que sa situation présente des motifs exceptionnels justifiant que le préfet mette en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Ce faisant, en écartant la possibilité de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

8. Mme A soutient résider en France depuis le 5 (le 4 ') juillet 2021 date déclarée de son entrée en France, avec ses deux enfants mineurs née, B née en 2012 et Zanel né en 2016, et y avoir établi le centre de sa vie privée auprès de son frère, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en France. Toutefois, la durée de présence de la famille est faible et il est constant qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile, Mme A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, la scolarisation des deux enfants de la requérante ne suffit en soi à démontrer que la requérante aurait fixé le centre de ses intérêts familiaux et moraux en France. Si elle se prévaut de la présence en France de son frère, Mme A n'établit pas que ce dernier entretiendrait avec ses enfants une relation privilégiée. Mme A ne démontre enfin pas être dépourvue d'attaches en Albanie, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de la famille en France, en refusant d'admettre Mme A au séjour le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme A.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

11. Mme A fait valoir que le refus de séjour opposé par le préfet de l'Hérault préjudicie à la scolarité de ses enfants en France qui ne disposent d'aucun repère dans son pays d'origine. Cependant, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, le père des enfants résidant en Albanie. Leur scolarisation pourra se poursuivre hors de France, et notamment en Albanie, pays dont tous les membres de la famille possèdent la nationalité. La requérante n'établit par ailleurs pas que l'oncle des enfants, dont elle fait valoir le lien privilégié tissés entre eux, ne pourrait leur rendre visite en cas de retour de la famille dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de Mme A et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour doit être écarté comme non-fondé.

13. Pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 8 et 9, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de l'Hérault et à Me Mallet.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

A. Bayada Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 octobre 2023.

M-A Barthélémy

N°2303909

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