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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303914

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303914

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 5 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-ETR-038 du 27 mars 2023, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " "vie privée et familiale" et subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, sous huit jours, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire :

- sont insuffisamment motivées en fait ;

- sont entachées d'erreurs de fait ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'atteinte à l'ordre public, en ce que la condamnation pénale date de 2021, n'a pas été prononcée pour atteinte à la personne ; qu'il a purgé sa peine et s'occupe à présent de ses enfants ;

- méconnaîssent les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il vit sur le territoire national depuis 2005, est entré avec ses parents à l'âge de 8 ans, voit sa compagne et ses enfants chaque jour, ses 4 enfants sont scolarisés sur le territoire national, il paie la cantine et a établi le centre de ses intérêts en France ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ;

La décision faisant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation et méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;

- et les observations de Me Lambert, représentant M. A.

1. M. A, ressortissant serbe, né le 3 février 1997 en Italie, déclare être entré sur le territoire national en 2005 à l'âge de 8 ans avec sa famille. Le 11 janvier 2023, il a sollicité un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté n° 2023-ETR-038 du 27 mars 2023, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ledit arrêté et de faire injonction au préfet de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté mentionne les éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale de M A qui a demandé une autorisation de séjour à ce titre. S'il indique que l'ensemble de sa famille réside à l'étranger, il n'a pas ignoré que le requérant " vit en couple " avec la mère de ses enfants. La circonstance que le préfet n'ait pas mentionné que les enfants sont scolarisés n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée énonce les éléments de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté ;

4. En second lieu, pour refuser d'accorder à M. A un titre de séjour, le préfet de l'Hérault s'est fondé à la fois sur la vie familiale et sur la menace pour l'ordre public.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Si M. A est entré irrégulièrement sur le territoire national en 2005 avec ses parents et y a été scolarisé jusqu'en 2013, il n'apporte pas de pièces de nature à justifier d'une présence continue en France entre 2013 et 2021, soit durant 8 ans, Il n'a sollicité la régularisation de sa situation qu'en janvier 2023. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire en 2021 et sa compagne en situation irrégulière a fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire en 2018 et 2021. Leurs enfants sont jeunes, sont de nationalité étrangère et pour trois d'entre eux sont nés hors de France. M. A ne justifie d'aucune intégration en dépit de la durée de séjour dont il se prévaut. Dans ces conditions, en refusant d'accorder un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale et en l'obligation de quitter le territoire, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels les décisions ont été prises et n'a, dès lors, ni méconnu les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, la famille pouvant se reconstituer hors du territoire national, l'arrêté n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer et ne porte dès lors pas une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. Si M. A conteste représenter une menace pour l'ordre public, le seul motif tiré de la vie privée et familiale suffit à justifier les décisions de refus de titre et d'obligation de quitter le territoire.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachées d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par M. A sera écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

12. Après avoir refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions précitées pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Il ressort des pièces du dossier que pour fixer la durée de la mesure d'interdiction de retour à un an, le préfet a retenu que la durée de présence en France n'est établie que depuis 2021, que le requérant ne justifie pas avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux en France, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2021, et représente une menace pour l'ordre public. Compte tenu de ce qui est jugé au point 7 et à supposer même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, en fixant la durée de la mesure attaquée à un an, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

13. Compte tenu de ce qui est jugé au point 7 et de la mesure d'éloignement dont fait également l'objet sa compagne, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de l'interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Mazas, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 octobre 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

sa

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