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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303915

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303915

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303915
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2023 et le 6 juillet 2023, l'association Non au Béton, Mme B, veuve A, et M. C A, représentés par la Selarl Valette-Berthelsen, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre à Montpellier Méditerranée Métropole, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de :

- suspendre le chantier d'aménagement de voirie et de réalisation du caisson de passage des réseaux au droit du chêne remarquable rue de Salaison à Castelnau-le-Lez dans le rayon de 12,12 mètres autour du chêne ;

- suspendre le passage de véhicules et d'engins de chantier dans le rayon de 12,12 mètres autour du chêne ;

- suspendre tous travaux, y compris les " terrassements minimaux " prévus par le permis de construire du 31 mai 2023, dans le rayon de 12,12 mètres autour du chêne ;

- suspendre l'implantation du caisson de passage des réseaux dans le rayon de 12,12 mètres autour du chêne remarquable ;

- de prononcer ces mesures jusqu'à la mise en place effective d'une voie d'évitement alternative pour le raccordement du " Clos des Oliviers " aux réseaux publics ;

- d'assortir ces mesures d'une astreinte de 10 000 euros par jour de retard conformément aux dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative à défaut de suspension immédiate de ces opérations à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

2°) de mettre à la charge de Montpellier Méditerranée Métropole la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'association, compte tenu de son objet, a qualité pour agir et Mme B, veuve A, et M. C A ont également qualité pour agir dès lors qu'ils sont propriétaires des parcelles qui accueillent le chêne remarquable ;

- les travaux en litige, exécutés pour Montpellier Méditerranée Métropole, portent une atteinte grave et manifestement illégale au droit de chacun de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé dès lors que, alors qu'il existe des solutions alternatives, le passage d'engins de chantier, la réalisation de terrassements, l'implantation d'un ouvrage de 53 m², 25 mètres de long et d'une centaine de tonnes, dans un rayon de 12,12 mètres du chêne remarquable, habitacle d'une espèce protégée, risquent de lui être fatal ;

- l'urgence est établie dès lors que les travaux ont commencé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, Montpellier Méditerranée Métropole, représentée par la SCP Coulombie - Gras - Cretin - Becquevort - Rosier - Soland - Gilliocq, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de chacun des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'association Non au Béton ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- les conditions d'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment la Charte de l'environnement à laquelle renvoie son Préambule ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besle,

- et les observations de Me Furstenheim, représentant l'association Non au Béton, Mme B, veuve A, et M. C A, et de Me Fournie, représentant Montpellier Méditerranée Métropole.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Le droit de chacun de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, tel que proclamé par l'article premier de la Charte de l'environnement, présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toute personne justifiant, au regard de sa situation personnelle, notamment si ses conditions ou son cadre de vie sont gravement et directement affectés, ou des intérêts qu'elle entend défendre, qu'il y est porté une atteinte grave et manifestement illégale du fait de l'action ou de la carence de l'autorité publique, peut saisir le juge des référés sur le fondement de cet article. Il lui appartient alors de faire état de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier, dans le très bref délai prévu par ces dispositions, d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

3. Il résulte de l'instruction que, par arrêté du 31 mai 2023, la commune de Castelnau-le-Lez a délivré à Méditerranée-Montpellier-Métropole un permis de construire portant sur la création, rue de Salaison, d'un caisson technique pour assurer le passage des réseaux pour l'alimentation du lotissement " Le Clos des Oliviers " au droit d'un chêne classé arbre remarquable. Les requérants font valoir que les travaux, qui ont commencé, risquent d'être fatal à cet arbre qui, en outre, abrite le grand capricorne du chêne, qui est une espèce protégée, et que, par suite, il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de chacun de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

4. D'une part, il est constant que le chêne situé au droit des travaux en litige n'est pas classé comme arbre remarquable par le plan local d'urbanisme mais qu'il a été labellisé " arbre remarquable " par une initiative de ses propriétaires auprès de l'association A.R.B.R.E.S. La circonstance que cet arbre remarquable serait l'habitacle du grand capricorne du chêne ne saurait suffire à caractère une atteinte grave au droit de chacun de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé dès lors que l'incidence de sa destruction éventuelle sur l'équilibre et la conservation de l'espèce ne résulte pas de l'instruction.

5. D'autre part, pour soutenir que les travaux risquent d'entraîner des conséquences irrémédiables sur l'arbre remarquable, les requérants se prévalent notamment de rapports de l'ONF et d'un expert forestier selon lesquels, notamment, il est préconisé pour sa préservation de n'effectuer " aucune action de type taille, coupe racinaire et/ou tout impact de travaux (terrassement, déblaiement, chocs de véhicules ) " et de " respecter la distance minimale de sections racinaires par rapport au collet de l'arbre suivante : 3,32 m selon la méthode de C. Matteck - 12,12 m selon la norme anglaise ". Ils invoquent également un arrêt de la Cour d'appel de Montpellier du 16 décembre 2021 qui a jugé qu'il n'était pas illicite de faire obstacle aux engins de chantier utilisés pour la construction des immeubles du lotissement " Le Clos des Oliviers " dès lors que la défense du chêne ne justifiait pas la nécessité de la protection de l'environnement. Toutefois, il résulte de l'instruction que les travaux exécutés par Montpellier Méditerranée Métropole sont d'une moindre ampleur que ceux de la construction des immeubles du lotissement et ne nécessitent pas la mise en œuvre d'engins de chantier comparable à ceux utilisés pour les travaux du lotissement. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les travaux affectent les racines de l'arbre ni que le caisson aura par effet de compromettre la survie de celui-ci.

6. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution des travaux autorisés par le permis de construire du 31 mai 2023 aurait des conséquences telles qu'ils puissent être regardés comme portant une atteinte grave au droit de chacun de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la Montpellier Méditerranée Métropole, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, pour le même motif, de mettre à la charge de l'association Non au Béton, Mme B, veuve A, et M. C A chacun la somme de 500 euros en application de ces dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de l'association Non au Béton, Mme B, veuve A, et M. C A est rejetée.

Article 2 : L'association Non au Béton, Mme B, veuve A, et M. C A verseront chacun à Montpellier Méditerranée Métropole, la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Non au Béton, à Mme B, veuve A, à M. C A et à la Montpellier Méditerranée Métropole.

Fait à Montpellier, le 7 juillet 2023.

Le juge des référés,

D. Besle

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 juillet 2023

La greffière,

D. Martinier

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