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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303931

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303931

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet et 17 août 2023, Mme B D C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée ", sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6. 5° de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme B D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon, rapporteure,

- et les observations de Me Brulé, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D C, ressortissante algérienne née le 31 janvier 1994, est entrée en France le 4 septembre 2015 munie d'un visa en qualité d'étudiante. Elle a été titulaire de titres de séjour en qualité d'étudiante, régulièrement renouvelés, jusqu'au 20 février 2019. Le 9 mars 2023, elle a sollicité la régularisation de sa situation, par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". Par un arrêté du 24 mars 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

2. Par un arrêté du 14 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 du même jour, le préfet du département de l'Hérault a délégué à M. A, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture, sa signature à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, au nombre desquels figure l'arrêté attaqué. Le moyen manque ainsi en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, dès lors que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, un ressortissant algérien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une activité professionnelle ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Il appartient toutefois au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 9 mars 2023 sur le double fondement de la vie privée et familiale et de sa qualité de salariée. Contrairement à ce qu'elle fait valoir, la seule circonstance que le préfet ait relevé sa situation irrégulière et son défaut de visa long séjour ne révèle pas un défaut d'examen, dès lors qu'il a, par ailleurs, examiné l'ensemble de sa situation professionnelle et personnelle, notamment sa promesse d'embauche, et a estimé qu'elle ne faisait état d'aucun motif exceptionnel justifiant qu'il fasse usage de son pouvoir de régularisation. A cet égard, il ressort également des termes de la décision contestée que la durée de séjour et l'insertion professionnelle de Mme C ont été pris en compte par le préfet. Par conséquent, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ou aurait commis une erreur de droit dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

6. Mme C fait valoir l'ancienneté de sa résidence en France depuis huit années, la présence de son père ainsi que ses nombreux liens amicaux. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle est arrivée en France à l'âge de 21 ans, après avoir entamé ses études en Algérie. Si elle fait valoir la présence en France de son père, ressortissant algérien bénéficiaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 15 septembre 2023, elle ne fournit aucun élément circonstancié sur la nature et l'intensité de leurs relations. En outre, si elle fait valoir la dissolution des liens avec sa mère et ses sœurs restées en Algérie, en raison de son éloignement de la religion et son absence de port du voile, cette circonstance, à la supposer établie, est insuffisante, compte tenu des seuls liens dont elle fait état en France, pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet n'a méconnu, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968.

7. En troisième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dépourvue de valeur réglementaire, pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, Mme C ne saurait utilement s'en prévaloir.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son entrée en France, en qualité d'étudiante, Mme C a été ajournée trois années successivement avant l'édiction à son encontre, le 9 janvier 2019, d'un arrêté par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier puis par la cour administrative d'appel de Marseille, par le jugement et l'ordonnance susvisés. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C fait état de démarches d'insertion professionnelle dès 2016, notamment par des emplois à temps incomplet en qualité d'employée commerciale et d'animatrice en centre de loisirs, puis un emploi à durée indéterminée dans le secteur de la restauration de 2018 à 2022 et elle fait état d'une promesse d'embauche en qualité d'assistante de gestion en 2022. Toutefois, et pour louables que soient ses efforts d'insertion professionnelle, l'intéressée ne démontre pas la stabilité de sa situation professionnelle et ne fait état d'aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire. Par conséquent, en prenant la décision attaquée, le préfet n'a pas porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. D'une part, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit, soulevés dans les mêmes termes qu'à l'encontre de la décision portant refus de séjour, doivent être, pour les mêmes motifs, également écartés.

11. D'autre part, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 doivent, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. Il résulte des dispositions précitées que l'édiction d'une interdiction de retour fait, notamment, suite au maintien d'un étranger sur le territoire irrégulièrement au-delà du délai de départ volontaire. Aussi, en se fondant notamment sur la circonstance que Mme C ne s'est pas conformée à la précédente mesure d'éloignement édictée à son égard le 9 janvier 2019, lui accordant un délai de départ de trente jours, le préfet n'a pas inexactement appliqué les dispositions précitées, ni davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre de l'arrêté du 24 mars 2023 sont rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

E. DELON

Le président,

J-P. GAYRARDLa greffière,

E. TOURNIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 octobre 2023.

La greffière,

E. Tournier

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