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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303938

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303938

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de 2 mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la même décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 3 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 juin 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard,

- et les observations de Me Brulé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 4 mars 1985, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " et aux termes de l'article L. 412-2 du même code " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour mentionné au même article pour la première délivrance des cartes de séjour suivantes : () 6° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " délivrée sur le fondement des articles L. 435-1 ou L. 435-2 () ". L'article L. 435-1 prévoit que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Ces dispositions instituent un régime d'admission exceptionnelle au séjour et il appartient à l'étranger de faire valoir les considérations humanitaires ou les motifs exceptionnels justifiant l'attribution d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Si tel n'est pas le cas, il reste soumis aux dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. M. A, qui a déclaré être entré en France au cours de l'année 2018, s'est vu refuser sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 janvier 2020, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 28 mai 2021. Par arrêté du 9 juin 2021, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant 4 mois, laquelle n'a jamais été exécutée. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation tant personnelle que familiale : l'autorité administrative a notamment examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A en qualité de salarié en relevant qu'il ne justifiait pas, en présentant une simple promesse d'embauche établie le 1er mars 2023 pour un poste de préparateur / plongeur dans une société de restauration rapide, dont il ne rapporte pas, au demeurant, la preuve de la transmission aux services préfectoraux de la demande d'autorisation de travail, de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet, qui ne s'est pas cru lié par l'absence de visa long séjour, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Ce dernier a relevé à bon droit que l'intéressé ne disposait pas du visa long séjour prévu par l'article L. 412-1 pour la délivrance d'un titre de séjour " salarié " et qu'il n'était, par conséquent, pas tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si M. A soutient qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, il rapporte seulement la preuve de sa présence habituelle en France depuis 2018 par les pièces concordantes qu'il produit. Toutefois, le requérant est célibataire et sans charge de famille, et n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. En outre, sa seule expérience d'un an et demi en tant qu'employé polyvalent dans un restaurant, au demeurant dans des conditions irrégulières puisqu'il ne disposait d'aucun titre de séjour, ainsi qu'une promesse d'embauche dans le même domaine ne suffisent pas à caractériser une intégration dans la société française. Dans ces conditions, en refusant d'admettre M. A au séjour, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dans la situation personnelle de l'intéressée et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

6. D'une part, l'arrêté attaqué, qui mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que les considérations de fait sur lesquelles il se fonde est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an doit être écarté.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. Il ressort de la décision en litige que le préfet a pris en compte les critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en précisant que, quand bien même son comportement n'est pas constitutif d'une menace pour l'ordre public et qu'il établit, par de nombreux justificatifs, être présent sur le territoire national depuis 2018, M. A ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Comme il a été indiqué au point 5, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille, et n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. En outre, M. A a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai et d'une mesure d'éloignement qu'il n'a jamais exécutée, et n'a pas fait valoir de circonstances humanitaires particulières justifiant que ne soit pas prononcée à son encontre d'interdiction de retour sur le territoire français.

9. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et qu'elle méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

J-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 octobre 2023.

La greffière,

E. Tournier

N°2303938

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