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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304076

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304076

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantESSAQRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2023 et 11 août 2023, M. C, représenté par Me Essaqri demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour provisoire dans l'attente de l'examen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- il dispose d'attaches familiales en France de sorte qu'un retour dans pays d'origine porterait une atteinte grave à sa vie privée et familiale ;

- titulaire d'un certificat d'aptitude professionnelle " tourisme hôtellerie " obtenu en Algérie, il dispose d'un promesse d'embauche et souhaite déposer une demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale afin de pouvoir travailler en France ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne précise pas l'heure à laquelle est intervenue la notification de la mesure d'éloignement ;

- les décisions contenues dans l'arrêté attaqué, notamment celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire quant au risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français, sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur le risque de fuite et c'est à tort que le préfet a relevé dans son arrêté qu'il ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présenterait pas de - l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, d'une durée d'un an, est disproportionnée ;

- il ne dispose plus de lien avec ses proches en Algérie compte tenu de sa conversion au protestantisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2023, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 20 août 1994, demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Aude du 10 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux. Est donc sans incidence sur la légalité de la décision attaquée la circonstance qu'elle ne précise l'heure à laquelle l'arrêté en litige a été notifié à M. C.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. M. C n'apportant pas la preuve d'une entrée régulière sur le territoire français et s'y maintenant sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où l'autorité préfectorale peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.

5. M. C ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de la loi du 11 juillet 1979, abrogées au 1er janvier 2016 et remplacées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, la base légale des chacune des décisions qu'il contient et indique les éléments déterminants propres à la situation de M. C qui ont conduit le préfet de l'Aude à faire obligation de quitter le territoire français à M. C et vise en particulier, s'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire contesté par le requérant, les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 sur le risque de soustraction à la mesure d'éloignement caractérisé et défini au 8° de l'article L. 612-3 du même code par le fait qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

7. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de l'Aude s'est fondé sur les dispositions précitées de l'article L. 612-2 et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Comme il vient d'être dit au point 4 M. C n'est pas en mesure d'établir une entrée régulière sur le territoire national et ne justifie pas avoir fait une demande de titre de séjour. Il a été contrôlé par les services de la police de Narbonne démuni de tout document d'identité. Si en en tête de son arrêté le préfet de l'Aude a également visé le 2° de l'article L. 612-3, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait nécessairement pris la même décision au regard des seuls 1° et 8° de l'article L. 612-3 précité et dont la motivation en fait est suffisante. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet, a pu légalement refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle ni que le préfet se serait mépris sur ses conditions d'entrée et de séjour en France.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine étant précisé que ces stipulations ne garantissent à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale.

9. M. C se prévaut d'attaches familiales en France qui l'ont conduit à entrer en France pour y trouver du travail. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'entrée en France de M. C est récente, qu'il est célibataire et sans charge de famille. La relation qu'il déclare avoir nouée avec une concubine à Narbonne rencontrée par internet est très récente et au demeurant non justifiée. M. C n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 28 ans. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche, il ne justifie pas davantage d'une quelconque insertion socioprofessionnelle notable en France. Dès lors eu égard aux conditions d'entrée et de séjour en France et quand bien même il serait rejeté par sa famille en Algérie du fait de sa conversion au protestantisme, l'arrêté contesté ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

12. Si M. C affirme être hébergé chez son frère et son père au Blanc Mesnil (93) depuis le 4 novembre 2022, il ne justifie ni d'une durée de présence en France significative ni de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et d'un comportement troublant l'ordre public, et en l'absence de circonstances humanitaire, le préfet de l'Aude a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, interdire à M. C de retourner sur le territoire français et n'a pas entaché sa décision de disproportion en fixant la durée de cette interdiction à un an.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 10 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. C.

16. La présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. C ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au préfet de l'Aude.

Copie en sera adressée à Me Essaqri.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

Le magistrat désigné,

M. RousseauLe greffier,

D. MartinierLa République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 août 2023

Le greffier,

D. Martinier

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