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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304077

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304077

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMALLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, M. A E, représenté par Me Mallet, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut de réexaminer sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 22 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a prononcé une interdiction de retour de douze mois ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée en particulier au regard de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur de ses enfants et au risque d'enrôlement forcé dans l'armé auquel il craint d'être exposés en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnait les dispositions de l'alinéa 9 de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il souffre de diabète et qu'il ne pourra bénéficier de soins adaptés dans son pays d'origine ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France avec son épouse et leurs deux enfants mineurs depuis 2019, qu'il est intégré à la société française et ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'entretient plus de liens avec les membres de sa famille qui demeurent dans son pays d'origine ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont scolarisés et justifient d'une insertion particulière à la société française ;

Sur le pays de destination :

- la décision est dépourvue de base légale puisqu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant

Sur le pays l'interdiction de retour :

- la décision est dépourvue de base légale puisqu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- elle insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu de la durée, des conditions de sa présence sur le territoire ainsi que des liens privés et familiaux qu'il y a constitué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 août 2023 :

- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée

- les observations de Me Mallet, représentant M. E, non présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- le préfet du département de l'Hérault n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant russe né le 20 août 1985 déclare être entré sur le territoire français le 8 juillet 2019 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile déposée le 23 août 2019 a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 décembre 2021 confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 6 avril 2022. Il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 31 mai 2022 qui a été rejetée par l'OFPRA par décision du 10 mars 2023. Par un arrêté du 22 juin 2023, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'un an. M. E, demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. E, ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 août 2023, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B C cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux de la préfecture de l'Hérault, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature régulièrement consentie par le préfet de l'Hérault en vertu d'un arrêté du 28 février 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les circonstances de droit qui en constituent son fondement et notamment l'article L.611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la convention internationale des droits de l'enfant. Le préfet a par ailleurs rappelé que le requérant est entré en France accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs pour y solliciter l'asile, que sa demande a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA et que la demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 10 mars 2023. Il fait en outre état, avec suffisamment de précision, des circonstances de fait relatives à la situation familiale et personnelle de M. E. Enfin, le préfet, n'était pas tenu de restituer tous les éléments de la situation de l'intéressé portés à sa connaissance. A cet égard, le préfet n'avait pas à l'obligation de relever l'ensemble des craintes personnelles dont faisait état le requérant en cas de retour en Russie ni à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation familiale en particulier la scolarisation en France de ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et permettent à l'intéressé de la contester utilement. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

7. M. E soutient qu'il souffre de diabète, que son suivi médical implique son hospitalisation en France à compter du 29 août 2023 pour une semaine et que la guerre en Russie risque de compromettre la continuité de ses soins. Cependant pour établir ses allégations le requérant se bornent à verser deux attestations confirmant la prise de rendez-vous de radiologie interventionnelle ces seuls documents ne permettent pas d'établir la réalité de la pathologie dont il soutient souffrir. Ils ne permettent pas davantage de justifier que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En tout état de cause, il ne justifie pas, par les pièces qu'il verse au débat, résider habituellement en France. Dans ces conditions, M. E ne rentre pas dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire pour raison de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En dernier lieu, et d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui déclare sans l'établir être entré en France le 8 juillet 2019, s'y est rendu afin de solliciter l'asile et que sa demande ainsi que celle tendant à son réexamen ont été rejetées. Le requérant fait état de ce qu'il a formé un recours devant la CNDA, le 19 avril 2023. Cependant il ressort des pièces du dossier que l'OFRPA a estimé que sa demande de réexamen n'était pas irrecevable et a statué en procédure accélérée conformément aux dispositions du 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, conformément aux dispositions du 1° d) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le requérant ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Dès lors, la circonstance selon laquelle le recours contre le rejet de sa demande de réexamen serait en cours d'instruction ne saurait par elle-même révéler une atteinte à sa vie privée et familiale. M. E, dont l'épouse est également en situation irrégulière, ne justifie pas d'attaches personnelles et familiales en France et les documents versés au débat attestant de sa participation à des activités de bénévolat auprès de deux associations, ne suffissent pas en l'espèce, à caractériser une insertion particulière dans la société française. Par ailleurs, M. E n'allègue pas être sans attaches personnelles en Russie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. L'intéressé reconnaît avoir des membres de sa famille présents en Russie mais soutient sans le démontrer ne plus entretenir de relations avec eux. En outre, son épouse est également en situation irrégulière et il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale qu'il forme avec cette dernière et leurs enfants mineurs ne pourrait s'y reconstituer. Enfin, si l'intéressé fait valoir que Damir et D, sont respectivement scolarisés en France en classe de CM2 et de seconde générale, il n'est pas établi qu'ils ne pourraient être scolarisés dans leur pays d'origine. Ainsi, au regard de la situation de l'intéressé et de ses conditions de séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. En premier lieu, M. E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

11. En deuxième lieu, pour soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, M. E renvoie aux allégations qu'il a développé à l'appui de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 ces deux moyens doivent, par suite, être écartés.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

13. M. E soutient avoir été contraint de fuir la Russie afin d'échapper aux persécutions que lui et sa famille subissaient en raison de leurs appartenances à la communauté yézidie. Il ne produit aucun nouvel élément circonstancié de nature à établir la réalité des risques personnels et actuels auxquels il serait exposé en cas de retour son pays d'origine, alors que, au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Par ailleurs, il soutient être opposé au conflit entre la Russie et l'Ukraine, s'être soustrait à ses obligations militaires et craindre que son fils, D soit enrôlé de force dans l'armée russe. Cependant, il a fondé sa demande de réexamen de demande d'asile sur ces éléments factuels et ces craintes et, alors que cette demande a été récemment rejetée par l'OFPRA, il ne verse dans le cadre de cette instance aucun élément justifiant des traitements inhumains ou dégradants auxquels sa famille et lui-même seraient exposés en Russie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, M. E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles () L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

16. D'une part, la décision attaquée vise les considérations utiles de droit sur lesquelles elle se fondent et notamment les dispositions des articles L. 612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Hérault a par ailleurs précisé que M. E était entré sur le territoire français le 8 juillet 2019, qu'il n'attestait pas avoir établi sa vie privée et familiale en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne faisait pas état de circonstances humanitaires et que bien qu'il ne constituait pas une menace à l'ordre public et qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement il y avait lieu de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. La décision attaquée est dans ces conditions suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

17. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E qui est entré sur le territoire français en 2019 en vue d'y solliciter l'asile ne justifie pas avoir constitué de liens d'une particulière intensité tandis que son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Ainsi, le préfet de l'Hérault a pu légalement estimer que ces circonstances pouvaient justifier une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an alors même que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1 er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. E.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de l'Hérault.

La magistrate désignée,

P. VILLEMEJEANNELe greffier,

D. MARTINIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 août 2023

Le greffier,

D. MARTINIER

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