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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304100

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304100

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, Mme D, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 16 juin 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ; subsidiairement d'ordonner le réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L . 761 - 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur compte tenu d'une délégation trop générale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation dès lors que l'implication et la participation du père de son fils dans son entretien et son éducation est réelle, que le couple n'est pas séparé et qu'ils vont se marier ;

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français portent une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 421-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a établi en France le centre de sa vie privée et familiale ;

- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de ses deux enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des difficultés d'accès et du coût du suivi médical dont elle a besoin dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Me Ruffel, représentant Mme C en présence de celle-ci.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 26 juin 1986, est entrée en France en 2017 sous une autre identité, en provenance d'Afrique du Sud, accompagnée de sa seconde fille née en décembre 2013 en Afrique du Sud. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 31 juillet 2018 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 mars 2019. Elle a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'une durée de quatre mois par arrêté du préfet de l'Hérault du 3 mai 2019. Elle a sollicité le 16 mai 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, qu'elle a obtenu à partir du 23 septembre 2019 ainsi que son renouvellement jusqu'au 22 décembre 2022. Par un arrêté du 16 juin 2023 le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. Les décisions contestées sont signées, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2023 05-DRCL-0174 du 3 mai 2023 régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

4. Pour refuser à Mme C le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 20 mars 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut néanmoins, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays et a estimé qu'aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire cet avis. Si Mme C soutient qu'elle aura les plus grandes difficultés pour accéder au suivi médical qui lui est nécessaire dans son pays d'origine et qu'elle ne pourra faire face au coût de son traitement, elle se borne à produire des documents à caractère généraux qui ne suffisent pas à contredire l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être écartés.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si Mme C fait valoir qu'elle séjourne en France depuis six années, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de sa propre intégration sociale et professionnelle, en fournissant seulement des justificatifs de la scolarité de sa seconde fille, de la naissance de son troisième enfant et de l'implication alléguée du père de celui-ci. Par ailleurs il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la fillette, actuellement en cours moyen 1ère année, ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans le pays d'origine de la requérante, où réside la fille aînée de celle-ci, ou dans un autre pays, notamment son pays de naissance. Si Mme C justifie de la naissance le 7 avril 2022 de son troisième enfant, reconnu avant la naissance et déclaré par M. A, ressortissant angolais, il est constant qu'elle ne vit pas avec celui-ci, qui réside dans l'appartement dont il est propriétaire à Montpellier. Le projet de mariage dont elle justifie, qui est en tout état de cause postérieur à l'arrêté contesté, ne suffit pas à établir, à la date de la décision attaquée, la réalité et la sincérité de la relation de couple alléguée, qui est en tout état de cause très récente. Par ailleurs et en tout état de cause, si M. A justifie d'un contrat à durée indéterminée, il n'est titulaire que d'un titre de séjour pluriannuel, en cours de renouvellement à la date de l'arrêté attaqué et n'évoque aucun obstacle à ce qu'il rejoigne la requérante dans son pays d'origine ou dans un autre pays où ils seraient légalement admissibles. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de Mme C une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour et du but poursuivi par la mesure d'éloignement. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est opérant à l'encontre du refus de séjour, et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.

7. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. D'une part, l'arrêté contesté n'implique aucune séparation de la requérante et de sa seconde fille, née en 2013, et dont il n'est pas établi ni même allégué qu'elle ne pourrait poursuivre sa scolarité au Congo, pays dont la requérante à la nationalité ou en Afrique du Sud, son pays de naissance et où elle a vécu avec la requérante avant son arrivée en France. D'autre part, s'agissant de son fils, né à Montpellier le 7 avril 2022, il est constant qu'il ne vit pas avec son père, qui établit seulement apporter un soutien financier et matériel à la requérante. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions contestées méconnaîtraient l'intérêt supérieur des enfants de la requérante. Le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

9. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressée en prenant l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 octobre 2023.

La greffière,

A. Junon.

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