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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304117

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304117

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 13 juillet, 29 août et 2 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois et l'a assignée à résidence pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté contesté :

- la notification de l'arrêté contesté est intervenue en violation du principe du contradictoire et des dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le signataire de l'arrêté n'avait pas compétence pour le prendre ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- sa minorité fait obstacle à son éloignement ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en France ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est dépourvue de fondement juridique ;

Sur l'interdiction de retour :

- compte tenu de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, elle est dépourvue de fondement juridique ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 août 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Berry représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A se disant C, ressortissante ivoirienne, née, selon ses déclarations le 8 août 2007 ou le 8 août 2006, demande l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois et l'a assignée à résidence pour une durée de six mois.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme C par une décision du 11 août 2023. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions litigieuses :

3. D'une part, l'arrêté contesté a été signé par M. E D, chef de bureau de la migration et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 20 avril 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. D'autre part, les conditions de notification de l'arrêté sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). " Selon les termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1o L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Selon l'article 388 du même code : " Le mineur est l'individu de l'un ou l'autre sexe qui n'a point encore l'âge de dix-huit ans accomplis. Les examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l'âge, en l'absence de documents d'identité valables et lorsque l'âge allégué n'est pas vraisemblable, ne peuvent être réalisés que sur décision de l'autorité judiciaire et après recueil de l'accord de l'intéressé. Les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d'erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l'intéressé est mineur. Le doute profite à l'intéressé ".

6. La présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère ne peut être renversée par l'administration qu'en apportant la preuve, en menant les vérifications utiles, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Il en va ainsi lorsqu'il s'agit pour le préfet d'établir qu'un étranger est majeur et ne peut, en conséquence, bénéficier de la protection prévue en faveur des étrangers mineurs par le 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de sa minorité, Mme C a seulement produit sa déclaration d'identité, de nationalité et de minorité établie le 21 mars 2023 par ses soins et indiquant qu'elle est née le 8 août 2006 en Côte d'Ivoire. Dans le cadre d'un rapport d'évaluation, un éducateur de l'institut départemental de l'enfance et de l'adolescence (IDEA) de Perpignan a relevé que Mme C ne produisait aucun document officiel d'identité. Dans le cadre d'une enquête judiciaire, le rapport médical conclut que l'âge minimum de Mme A se disant B C ne saurait être inférieur à 21 ans. Au surplus, la requérante a versé au dossier des documents d'état civil ivoiriens, dont certains, au demeurant, présentent des orthographes différentes pour le nom de la province Yocoboué, tantôt écrit Yocobouet ou Yacoboué, qui mentionnent comme date de naissance le 8 août 2006, alors que l'intéressée a affirmé dans sa requête introductive d'instance, de la manière la plus formelle, être née le 8 août 2007, contrairement à ses premières déclarations dans le cadre de l'enquête. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et notamment des propos contradictoires de l'intéressée au regard des éléments produits, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, pour prendre à son encontre la mesure d'éloignement litigieuse, estimer que la requérante n'établissait pas être mineure et relever le caractère mensonger de ses déclarations et l'usage de faux documents, sans méconnaître les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celles de l'article L. 611-3 du même code ni encore entacher sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Mme C, célibataire et sans enfant, est entrée en France, selon ses propres déclarations, en mars 2023. Si elle soutient qu'elle bénéficie d'une prise en charge par l'IDEA depuis le mois de mars 2023, elle n'établit pas être isolée en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, au regard notamment du caractère très récent de son séjour, il n'est pas établi qu'elle aurait déplacé en France le centre de ses intérêts privés, ni qu'elle y aurait développé des liens personnels d'une réelle intensité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L.612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L.612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 7, le préfet a pu légalement estimer que la requérante n'établissait pas être mineure. En outre, elle ne présente aucun document d'identité ou de voyage probant. Ces éléments suffisent à caractériser un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et à fonder légalement la décision refusant d'octroyer à l'intéressée un délai de départ volontaire sur fondement du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans qu'il soit besoin d'examiner le fondement issu du 8° du même article. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Mme C n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception tirée de l'illégalité de cette décision présentée contre la décision fixant le pays de renvoi ne saurait être accueillie.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire :

13. D'une part, Mme C n'établissant l'illégalité ni de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, ni de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, l'exception tirée de l''illégalité de ces décisions présentée contre la décision d'interdiction sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ne peut qu'être écartée.

14. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, Mme C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, dès lors que la requérante n'était présente sur le territoire français que depuis moins de cinq mois à la date de la décision du préfet et eu égard à l'absence de tout lien en France, d'ordre familial ou personnel, à son absence d'intégration ou d'insertion dans la société française, celle-ci ne démontre pas que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à dix-huit mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne la légalité de la mesure d'assignation à résidence dans la commune de Perpignan :

16. Mme C n'ayant soulevé aucun moyen de légalité à l'encontre de cette décision, les conclusions à fin d'annulation qu'elle présente ne peuvent qu'être rejetées.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté 13 juillet 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois et l'a assignée à résidence dans la commune de Perpignan pour une durée de six mois.

Sur les frais liés au litige :

18. Le préfet des Pyrénées-Orientales n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être fait droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Berry.

Délibéré à l'issue de l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 24 octobre 2023

C. Arce

N°2304117 lr

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