jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GUIRASSY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Guirassy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Guirassy, son avocat, au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision, stéréotypée, est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit en rejetant la demande au regard de l'absence de visa long séjour, sans faire usage de son pouvoir général de régularisation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle partielle par décision du 27 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corneloup, présidente.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 8 septembre 1992, déclare être entré en France le 19 décembre 2020 sans toutefois le prouver car démuni de tout visa. Le 20 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 28 avril 2023, le préfet de l'Hérault a opposé un refus à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2022.09. DRCL.0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'au public, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment " tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault " et notamment les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet a relevé les éléments relatifs à la situation personnelle, professionnelle et familiale de M. B, tels que la date alléguée d'entrée en France, sa promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée et la circonstance qu'il est séparé de son épouse depuis le 15 octobre 2022. La décision litigieuse, n'est ainsi pas fondée sur des stéréotypes et des généralités. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus d'admission au séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ".
5. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 5221- 5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ". Aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle () sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. () ".
6. Il est constant que M. B a, ainsi qu'il a été dit, déclaré être entré en France en décembre 2020 sans l'établir. Dès lors, M. B, qui ne justifie pas de l'obtention d'un visa de long séjour, n'établit pas qu'il remplissait les conditions fixées pour l'obtention de l'autorisation sollicitée. Le préfet, qui a refusé d'instruire la demande d'autorisation de travail présentée au motif que l'intéressé ne disposait pas de visa long séjour à la date de sa demande de titre de séjour, n'a par suite pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
7. En quatrième lieu, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. Il ressort des termes de l'arrêté qu'en rejetant sa demande, le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation de l'intéressé et de l'ensemble de ses déclarations et éléments produits, notamment sa promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet en qualité d'ouvrier du bâtiment, laquelle, au demeurant, date du 10 janvier 2022 bien antérieurement à sa demande de titre de séjour présentée le 20 mars 2023 et dont il n'est établi qu'elle serait toujours d'actualité. Ce faisant, le préfet a nécessairement écarté la possibilité de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ou méconnaître l'étendue de sa compétence.
9. Si la circulaire en date du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur a pour objet de rappeler et préciser, aux autorités chargées de la police des étrangers, les conditions d'examen et les critères permettant d'apprécier les demandes d'admission au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière, le requérant ne peut se prévaloir utilement de cette circulaire, qui est dépourvue de caractère réglementaire. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen réel et complet de la situation de M. B et de l'erreur manifeste d'appréciation des éléments caractérisant sa situation au regard des dispositions de ladite circulaire doivent être écartés.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ;() "
11. Si M. B se prévaut de trois années de présence sur le territoire français et de son mariage avec une ressortissante française le 12 mars 2022, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est toutefois maintenu en France de manière irrégulière depuis son entrée alléguée en décembre 2020. Il déclare, en outre, être séparé de son épouse depuis le 15 octobre 2022. Par ailleurs, M. B, sans charge de famille, n'est pas dépourvu de toute attache en Tunisie où réside sa mère. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il s'est prononcé. Il n'a, par suite, nullement méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Guyrassi.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente ;
Mme Michelle Couégnat, première conseillère ;
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La Présidente-rapporteure,
F. Corneloup
L'assesseure la plus ancienne,
M. CLa greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Junon00
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026