jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SAYAH IMEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 juillet 2023 et le 31 août 2023, M. C B, représenté par Me Sayah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. B soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article R 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'un vice de compétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- n'indique pas le pays vers lequel il pourra être éloigné.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par décision du 18 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Encontre, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 25 septembre 1994, a sollicité le 20 décembre 2022 le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " arrivée à échéance le 23 janvier 2023 ou la délivrance d'une carte séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 12 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. Les décisions contestées sont signées, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. A à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, mémoires, requêtes juridictionnelles, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Cette délégation de signature, qui n'est pas générale, habilitait dès lors M. A à signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-2 et R. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écartés.
En ce qui concerne le refus de délivrer un titre de séjour à M. B :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " qui autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement sur le territoire français, le 30 octobre 2019, muni d'un passeport marocain revêtu d'un visa D " travailleur saisonnier " puis a obtenu, auprès des services du préfet du Vaucluse, un titre de séjour " travailleur saisonnier " valable jusqu'au 22 janvier 2023. Il ressort toutefois des mêmes pièces que le requérant n'a pas satisfait aux conditions requises pour le renouvellement de son titre de travailleur saisonnier dès lors qu'il a été recruté sous contrat de travail à durée déterminée par la société " ABD Prestations " du 29 janvier 2021 au 31 décembre 2022, soit de manière continue pendant deux années et n'a donc pas respecté la durée maximale de six mois de travail par an à laquelle lui ouvrait droit son titre de séjour pluriannuel et son obligation de regagner, entre ses séjours en France, son pays d'origine où il s'était engagé à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault a pu, à bon droit, refuser de renouveler le titre de séjour de M. B en qualité de travailleur saisonnier. En conséquence, la décision prise par le préfet des Pyrénées-Orientales n'est ni entachée d'une erreur de droit ni entachée d'une erreur d'appréciation.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable d'un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article 9 du même accord franco-marocain : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 " et aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Il résulte de ces stipulations et dispositions qu'un ressortissant marocain doit disposer d'une autorisation de travail et d'un visa long séjour pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié.
7. Pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité de salarié présentée par M. B, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur le rejet par la plateforme de la main d'œuvre étrangère (MOE) de la demande d'autorisation de travail présentée par l'employeur, au motif que l'intéressé était en France sous le statut de travailleur saisonnier, et sur l'absence de présentation d'un visa long séjour par M. B à l'appui de sa demande qui constituait une première demande de titre de séjour temporaire en qualité de salarié. Dès lors que le requérant ne remplissait pas les conditions exigées par les dispositions précitées des articles L. 412-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 5221-2 du code du travail pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur commise par le préfet dans l'appréciation de la situation du requérant au regard de ces dispositions doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. D'une part, il résulte des points qui précèdent que la décision refusant à M. B la délivrance des titres de séjour qu'il sollicitait n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire sans enfant et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc où résident ses parents ainsi que l'un de ses frères et sa sœur. Au surplus, le visa D et le titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " sous couvert desquels il a été admis au séjour en France ne lui permettaient de rester en France que pour une durée cumulée de six mois par an, sa résidence habituelle demeurant dans son pays d'origine. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne le pays de destination :
11. Dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être reconduit ne peut qu'être écarté.
12. L'article 3 de l'arrêté attaqué prévoit qu'à l'expiration du délai d'un mois qui lui est imparti par l'article 2 pour quitter volontairement le territoire français, M. B sera reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou dans un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité lui aurait été délivré. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales n'aurait pas fixé le pays de destination à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
14. Les conclusions en annulation présentées par M. B étant rejetées, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par M. B, partie perdante, sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sayah.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
S. ENCONTRE
L'assesseure la plus ancienne,
D. TEULY-DESPORTESLa greffière,
C. ARCE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 novembre 2023.
La greffière,
C. Arce
lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026