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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304151

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304151

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPONS-SERRADEIL MATHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juillet, 5 et 8 août 2023, la Fédération pour les espaces naturels et l'environnement des Pyrénées-Orientales (FRENE 66) et l'association Port Vendres Nature Environnement demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) la suspension de l'exécution de l'arrêté PC 066 148 22 0012 du 19 janvier 2023 par lequel le maire de Port Vendres a délivré à M. B et Mme D un permis de construire valant division pour la réalisation d'un groupement d'habitation de six villas en R+2 ainsi que de la décision implicite opposée par le maire de la commune de Port-Vendres à leur recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 500 euros.

Elles soutiennent que :

- elles justifient d'un intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme en leur qualité d'association de défense de l'environnement ;

Sur l'urgence :

- les travaux ont débuté et sont susceptibles de porter atteinte à un site présentant un caractère patrimonial remarquable et un grand intérêt écologique ;

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

En ce qui concerne l'illégalité, soulevée par voie d'exception, du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la révision allégée numéro 1 :

- l'ouverture à l'urbanisation des zones 1AUe, 1AUf, UCe, UCa et UCb du plan local d'urbansime (PLU) du secteur des Tamarins méconnaît l'autorité de la chose jugée par ce tribunal (jugement du 16 juillet 2015) et par la cour administrative d'appel (décisions du 12 janvier 2027) ;

- en vertu de l'article L. 153-7 du code de l'urbanisme, l'annulation des zonages par le juge impliquait une procédure d'élaboration d'un PLU et non le recours à une révision allégée ;

- le permis de construire querellé ne peut trouver sa légitimité dans le document d'urbanisme immédiatement antérieur, du fait de l'annulation de la 3ème modification du POS partiel Nord en 2013, qui implique l'application du RNU sur ce secteur ;

- la révision allégée inclut une zone 2NA et une partie de zone NDL de l'ancien POS qui ne pouvaient être ouvertes à l'urbanisation sans suivre les prescriptions du code de l'urbanisme notamment les articles L.153-16 et L.153-31 ;

- la participation du public n'a pas été assurée conformément aux dispositions opposables de l'article 6 de la convention d'Aarhus, compte tenu que ni la consultation en mairie ni l'accès par le site internet de la commune n'étaient aisés pour un public non initié révélant une volonté de dissimulation ; le fractionnement des consultations en diverses révisions allégées et modifications a eu pour but d'écarter la population d'un débat approprié à propos du plan local d'urbanisme ;

- l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme est méconnu compte tenu de l'inadaptation de la desserte par des voieries adaptées, la rue des Tamarins est en impasse sans trottoirs et sa largeur varie de 4 à 6 mètres, elle comprend un virage en équerre et ne rude montée et la rue Ernest Gastaud d'une largeur de 6 mètres st dépourvu de trottoirs et s'achève en cul de sac et en forte pente après un virage en épingle ;

- le document d'urbanisme néglige les incidences NATURA 2000 sur le site d'intérêt communautaire " Côte rocheuses des Albères " en se bornant aux secteurs amenés à évoluer au PLU les Tamarins, Coma Sadulle, l'anse de Paulilles et en ne s'intéressant qu'à l'habitat d'intérêt communautaire n° 6220 " Parcours substeppiques et de graminées annuelles du Thero-Brachipodieta " sans analyser les effets sur les autres habitats notamment " les galeries et fourrés riverains méridionaux " par un étude peu professionnelle insatisfaisante selon l'avis de la MRAe et en s'affranchissant du DOCOB du SIC " Côte rocheuse des Albères " adopté le 17 mars 2011 et dont elle a pu disposer ; l'étude fait silence sur la Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique Floristique et Faunistique (ZNIEFF) de type I n° 0000-5005 " Cap Béar " et la Zone d'Importance pour la Conservation des Oiseaux (ZICO LR 10) du " L. 121-8 sont méconnues car les auteurs du SCOT Massif des Albères " ;

- les articles L. 110 et L. 121-1 du code de l'urbanisme sont méconnus compte tenu que les objectifs démographiques de la commune ne sont pas réalistes et que le projet en litige situé en zone Natura 200 et ZNIEFF de type I devrait être classé en espace remarquable et se trouve au flanc du site classé du Cap Bear et aux abord d'un monument historique ainsi que de deux ravins situés en zone rouge du PPRN soumis à crues torrentielles et ravinement fort et dont le rapport de présentation n'explique pas comment s'effectueront leur franchissement ;

- les dispositions de la Loi Littoral prise en ses articles L. 121-3, L. 121-8 sont méconnues ; Le SCOT n'a pas établi que le secteur des Tamarins soit considéré comme un secteur déjà urbanisé et ses préconisations sont contraires à l'article L.121-8 du code de l'urbanisme et la loi Elan prévoit que ces secteurs déjà urbanisés ne doivent pas être dans les espaces proches du rivage ni avoir pour effet d'étendre le périmètre bâti ce qui est pourtant le cas du secteur des Tamarins ; la commune profite des lenteurs de la justice administrative pour permettre des constructions dans des zones qui ne pourraient être urbanisées ;

- les articles L. 121-1 à L. 121-3 ne sont pas respectés compte tenu des protections paysagères et patrimoniales du site et de l'intérêt paysager du Cap Bear auquel l'urbanisation prévue porte atteinte en particulier en zone UCb ;

- l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme est méconnu car l'extension de l'urbanisation n'est pas limitée ;

- l'atteinte portée à l'habitat prioritaire " Parcours substeppiques de graminées et annuelles du Thero-Brachipodieta " méconnaît l'article 6 de la directive Habitat compte tenu de l'effet préjudiciable pour l'intégrité du site ;

- le PLU méconnaît le PPRN ainsi que l'article R. 123-2 du code de l'urbanisme du fait du franchissement des talwegs pour desservir les habitations ;

- le PLU n'est pas compatible avec les orientations du SCOT Littoral Sud relatives à la densité de logements par hectares et du nombre de logements réhabilités ;

- le permis de construire ne peut trouver sa source dans le document d'urbanisme immédiatement antérieur qui n'existe pas et les motifs d'annulation ne sont pas étrangers aux règles d'urbanisme applicables au projet ;

En ce qui concerne les autres moyens, les requérantes soutiennent que sont méconnus :

- l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme car l'autorité compétente n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ;

- l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme du fait de l'implantation du projet dans un espace proche du rivage, en discontinuité avec la partie agglomérée de la commune, en rupture avec les habitations existantes, ce qui nécessite la création d'une nouvelle voirie ;

- les articles L. 121-21 et L. 121-23 du code de l'urbanisme, au vu de l'atteinte portée au site du Cap Bear et compte tenu des protections au titre de l'environnement et du code du patrimoine qui concernent le terrain d'assiette ; le caractère très lacunaire de l'insertion paysagère du dossier ne permet pas d'apprécier les graves dommages apportés au site ;

- les articles R. 111-26 et R. 111-27 du code de l'urbanisme compte tenu de la situation du projet en espace proche du rivage et site patrimonial remarquable et de ses conséquences dommageables sur l'environnement naturel et paysager de la commune, sans prescriptions relatives à l'insertion émanant de l'architecte des bâtiments de France ou du maire de la commune ;

- les articles R. 421-19, R. 421-20 et R. 421-21 du code l'urbanisme eu égard au caractéristiques du projet, soit la construction d'un groupe d'habitations, des affouillements importants et la création d'une voie d'accès particulièrement visible et dont l'impact est très fort vu la pente ; le projet prévoit en outre la modification de la rue Ernest Gastaud ; un permis d'aménager aurait dû être sollicité du fait de la création d'une nouvelle voirie, à flanc du Cap Béar dans le Site Patrimonial Remarquable de Port-Vendres ;

- l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme compte tenu de l'inadaptation de la voie d'accès à la protection contre l'incendie ;

- le Plan de Prévention des Risques Naturels Prévisibles (PPRN) car l'accès est situé en zone rouge de ce dernier ;

- l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme en l'absence d'explications sur les parties retenus pour assurer l'insertion d'un projet pourtant de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants ;

- l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme en l'absence de cotes altimétriques et de représentation des travaux extérieurs et des plantations maintenues ou crées ;

- l'article R. 431-24 car font défaut le plan de division, le projet de constitution d'une association syndicale et la convention avec la commune prévoyant le transfert dans le domaine communal des voies et espaces communs ;

- l'article R. 162-6 du code de l'urbanisme en l'absence d'un plan de distribution intérieure, d'une description des caractéristiques générales des locaux, installations et aménagements extérieurs et d'engagement du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre de respecter les obligations prévues en matière d'accessibilité des logements aux personnes handicapées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 août 2023, la commune de Port Vendres, représentées par Me Pons-Serradeil, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des associations requérantes la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable du fait de l'absence d'intérêt à agir des associations requérantes en matière d'urbanisme vu la teneur du projet seulement dédié à l'édification de 6 villas d'habitations ;

- à titre subsidiaire, la présomption d'urgence peut être renversée vu l'intérêt public qui s'attache au projet qui permet d'accroître l'offre de logement de la commune ;

- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, M. B et Mme D, représentés par Me Vigo, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge des associations requérantes la somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable du fait de l'absence d'intérêt à agir des associations requérantes dont l'objet social est trop large et qui ne porte pas sur un permis de construire six villas d'habitations, et parce qu'elle est tardive en tant qu'elle émane de l'association Port Vendres Nature Environnement du fait que celle-ci n'a pas procédé à la notification du recours gracieux ;

- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu

- la requête, enregistrée le 14 juillet 2023, sous le numéro 2304150 par laquelle les associations requérantes demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Crampe, première conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 9 août 2023 :

- le rapport de Mme Crampe, juge des référés,

- les observations de M. A, représentant les associations requérantes, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Pons-Serradeil, représentant la commune de Port-Vendres qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la continuité de l'urbanisation est désormais assurée entre la zone UCe et la zone UCb qui accueille les constructions en litige, notamment par la délivrance d'un permis de construire devenu définitif autant l'édification de villas qui occupent la zone 1AUe qui jouxte immédiatement la zone UCb et l'emprise du projet en litige. ;

- Me Vigo, représentant M. B et Mme D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

La clôture de l'instruction a été initialement différée au 10 août 2023 à 10h, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Par trois mémoires enregistrés avant la clôture de l'instruction, les 9 et 10 août 2023, respectivement pour les associations requérantes, la Fédération pour les espaces naturels et l'environnement des Pyrénées-Orientales (FRENE 66) et l'association Port Vendres Nature Environnement (PVNE), pour la commune de Port-Vendres et pour les pétitionnaires, M. B et Mme D, les parties persistent dans leurs conclusions par les mêmes moyens.

Par une ordonnance du 10 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 août 2023 à 10 heures, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Deux mémoires ont été présentés le 11 août 2023 avant la clôture de l'instruction respectivement pour la commune de Port-Vendres et pour M. B et Mme D qui concluent chacun aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Un mémoire et un courrier ont été présentés, postérieurement à la clôture de l'instruction, par la Fédération pour les espaces naturels et l'environnement des Pyrénées-Orientales (FRENE 66) et l'association Port Vendres Nature Environnement (PVNE).

Considérant ce qui suit :

1. Les associations requérantes, la Fédération pour les espaces naturels et l'environnement des Pyrénées-Orientales (FRENE 66) et l'association Port Vendres Nature Environnement (PVNE) demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le maire de Port Vendres a délivré à M. B et Mme D un permis de construire valant division pour la réalisation d'un groupement d'habitation de six villas en R+2 et la décision qui rejette tacitement leur recours gracieux contre cette autorisation d'urbanisme.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête, tels que visés et analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, ni sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les associations FRENE 66 et PVNE ne sont pas fondées à demander la suspension de l'arrêté PC 066 148 22 0012 du 19 janvier 2023 par lequel le maire de Port Vendres a délivré à M. B et Mme D un permis de construire valant division pour la réalisation d'un groupement d'habitation de six villas en R+2 ni de la décision implicite opposée par le maire de la commune de Port-Vendres à leur recours gracieux.

Sur les dépens :

5. La présente instance n'ayant pas généré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de la commune de Port Vendres tendant à la condamnation des requérantes aux entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

ORDONNE:

Article 1er : La requête de la Fédération pour les espaces naturels et l'environnement des Pyrénées-Orientales et l'association Port Vendres Nature Environnement est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Port Vendres et de M. B et Mme D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la Fédération pour les espaces naturels et l'environnement des Pyrénées-Orientales et l'association Port Vendres Nature Environnement, à la commune de Port-Vendres et à M. B et Mme D.

Fait à Montpellier, le 11 août 2023.

La juge des référés,

S. Crampe

La greffière,

C. ArceLa République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 11 août 2023.

La greffière,

C. Arce

No 2304151

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