jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 8 août 2023, M. B A, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative, notamment sur le fondement sur l'article 11 de l'accord franco-sénégalais et de l'article L. 423-23 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- eu égard à son état de santé, le préfet méconnaît l'autorité de la chose jugée par la cour administrative d'appel de Marseille dans son arrêt du 17 décembre 2021 et il n'a pas été informé du sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) préalablement à l'arrêté contesté de sorte qu'il n'était pas en mesure d'apporter de nouveaux éléments ;
- il ne peut pas effectivement bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine dans la mesure où l'Aripiprazole Abilify 300 mg injectable n'est pas dispensé dans les officines de pharmacie faute d'autorisation de mise sur le marché au Sénégal ;
- il appartenait au préfet d'apprécier s'il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour en application de l'accord franco-sénégalais, notamment sur le fondement de son article 11 ;
- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- dès lors qu'il n'est pas en mesure de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la décision fixant le Sénégal comme pays de renvoi est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques graves de détérioration de son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rousseau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 26 janvier 1990, est entré en France le 7 septembre 2015 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a obtenu un titre de séjour pluriannuel en cette qualité du 1er janvier 2016 au 31 octobre 2018 puis, sur la demande qu'il a déposée le 11 juin 2019 et après l'avis du collège de médecins de l'OFII, un titre de séjour en qualité d'étranger malade lui a été délivré pour la période allant du 12 juillet 2019 au 11 juillet 2020. Le renouvellement de ce titre de séjour lui a été refusé par un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 9 février 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement de ce tribunal du 27 mai 2021 mais infirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 17 décembre 2021 n° 21MA02594 aux termes duquel il était enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". En exécution de cet arrêt, M. A s'est vu remettre une carte de séjour temporaire, valable du 31 décembre 2021 au 30 décembre 2022, et en a sollicité le renouvellement par une demande présentée le 1er décembre 2022. Par un arrêté du 15 mars 2023 que conteste M. A, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ".
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Par un avis émis le 9 février 2023, le collège de médecins de l'OFII, après avoir précisé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, a estimé qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine.
5. Le requérant produit au dossier un certificat médical d'un médecin psychiatre au sein de l'hôpital de Thuir, indiquant que le traitement psychotrope anti-psychotique à libération prolongée et injectable dont il bénéficie n'existe pas son pays d'origine. Cet élément est corroboré par un courrier de l'agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique daté du 5 mai 2023 précisant que l'Abilify 300mg injectable LP n'est pas dispensé dans les officines de pharmacie dans la mesure où ce médicament n'a pas encore reçu d'autorisation de mise sur le marché. Parmi la liste nationale de médicaments émanant de l'organisation mondiale de la santé faisant état des psychotropes disponibles au Sénégal l'Abilify 300mg injectable à libération prolongée n'est pas mentionné. Le préfet produit au dossier une capture d'écran extraite du site de l'agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique du ministère de la santé et de l'action sociale au Sénégal, non datée, faisant mention de l'Aripiprazole solution injectable FL/150 ml ML, Aripiprazole 1 MG M, qui n'est pas la posologie ou formule administrée au requérant. M. A produit également un certificat médical d'un médecin psychiatre daté du 8 août 2023 relatif à son état de santé antérieur et actuel précisant qu'il fait l'objet d'un suivi régulier et continu au centre médico-psychologique " Moulin à Vent " à Perpignan avec un traitement antipsychotique injectable à libération prolongée : Abilify Maintena 300mg toutes les 4 semaines afin de prévenir d'éventuelles rechutes et des complications de sa pathologie, que ce traitement médicamenteux indispensable à la stabilité de son état de santé n'existe pas encore dans son pays et ne peut pas être substitué par un autre traitement. M. A doit être regardé comme apportant suffisamment d'éléments pour remettre en cause la pertinence de l'avis du collège de médecins du 9 février 2023 et l'appréciation du préfet et démontre qu'eu égard à l'offre de soins dans le pays dont il est originaire, inexistante dès lors que la médication qui lui est administrée ne bénéficie pas d'une autorisation sur le marché au Sénégal, il ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. Compte tenu des conséquences d'une exceptionnelle gravité auxquelles le défaut du traitement nécessaire à son état de santé pourrait l'exposer, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant le renouvellement de son titre de séjour.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination qui se trouvent dépourvues de base légale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 mars 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
Le rapporteur,
M. ROUSSEAU
La présidente,
S. ENCONTRE
La greffière,
C. ARCE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 octobre 2023
La greffière
C. Arce
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026