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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304191

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304191

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLENOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 18 juillet et 30 août 2023, Mme A B, représentée par Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui accorder le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, d'enjoindre à cette autorité de statuer à nouveau sur sa demande dans le même délai et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge du préfet de l'Hérault la somme de 1 500 euros à verser à Me Lenoir au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'erreur de fait ;

- est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la substitution de motifs demandée en défense ne peut prospérer.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il demande une substitution de motif tirée de ce que Mme B occupe un emploi dans la restauration depuis 2021 et ne démontre pas avoir rechercher un emploi en relation avec sa formation en psychologie pour la compléter par une première expérience professionnelle ou justifier d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ; en outre, elle est célibataire sans enfant et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité d'occuper un emploi en relation avec sa formation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Lenoir, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante japonaise née le 8 juillet 1977, est entrée régulièrement en France le 11 juillet 2010 sous couvert d'un visa de type D portant la mention " étudiant ". Bénéficiaire d'un titre de séjour à ce titre, du 2 novembre 2010 au 1er novembre 2011, renouvelé jusqu'au 5 décembre 2022, elle a demandé le 16 novembre 2022, après l'obtention du diplôme de Master de sciences humaines et sociales, mention " psychologie " au titre de l'année universitaire 2020-2021 la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Le préfet de l'Hérault a rejeté, le 4 mai 2023, cette demande et a assorti le refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ". Aux termes du point 26 de l'annexe 10 à l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à ce code précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise " est précisé : " () - diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme ; - selon votre projet professionnel : tout justificatif d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à votre formation. ".

3. Il ne résulte nullement de la combinaison de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit subordonnée à la condition que la demande soit présentée dans l'année civile d'obtention du dernier diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret ni même dans l'année universitaire suivant celle d'obtention du diplôme. En revanche, cette demande doit être présentée dans l'année qui suit la délivrance matérielle de ce diplôme, lequel figure au nombre des pièces devant être produites par le demandeur.

4. Le refus opposé par le préfet à la demande de changement de statut présentée par Mme B est fondé sur la circonstance qu'elle n'a pas sollicité le titre de séjour " recherche d'emploi/création d'entreprise " dans l'année suivant la réussite au Master sciences humaines et sociales, mention psychologie, qu'elle a obtenu en 2021. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a déposé sa demande de carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " le 16 novembre 2022 en présentant, au soutien de cette demande, le Master sciences humaines et sociales, mention psychologie, qu'elle a obtenu en 2021, délivré le 15 octobre 2021, mais que le retrait du diplôme est intervenu le 8 juin 2022. Ainsi et contrairement à ce que retient l'arrêté en litige par une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B a bien présenté sa demande dans l'année suivant la délivrance matérielle de son diplôme.

5. Le préfet demande au tribunal de substituer au motif erroné qui a fondé sa décision un nouveau motif en faisant valoir que la requérante occupe un emploi dans la restauration depuis le 14 juin 2021 et qu'elle ne démontre pas avoir rechercher un emploi en relation avec sa formation alors que son visa étudiant le lui permettait. Toutefois, une telle considération est étrangère aux conditions dans lesquelles est subordonnée la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention°"recherche d'emploi ou création d'entreprise" qui autorise son titulaire, pendant la durée de sa validité, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation ou ses recherches. Par suite, la substitution de motifs demandée ne peut être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance du titre sollicité. Elle est, par suite, fondée à demander l'annulation du refus de titre de séjour contesté et, par voie de conséquence, celle des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire, fixant le délai imparti à cette fin et fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Hérault délivre le titre sollicité par Mme B. Il y a lieu, en conséquence, de lui enjoindre de délivrer ce titre dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de remettre à l'intéressée, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mai 2023 du préfet de l'Hérault est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Lenoir.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 octobre 2023

La greffière,

C. ARCE

lr

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