jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, Mme C A, représentée par Me Berry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 5 mai 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer sans délai un titre de séjour en raison de son état de santé ou, à défaut, au titre de sa vie privée et familiale, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de Me Berry à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en production de pièces enregistré le 24 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a transmis au tribunal l'entier dossier médical de la requérante qui a levé le secret médical.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2023 à 12h00.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Berry, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise née le 23 avril 1963, est entrée en France le 22 octobre 2022 avec son époux et a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 29 mars 2023 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 juin 2023. Le 10 janvier 2023, elle a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le Préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait être reproché au préfet de l'Hérault, qui a mentionné l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 19 avril 2023, de ne pas avoir évoqué la pathologie dont souffre la requérante et le traitement dont elle bénéficie en France dès lors que ces éléments sont couverts par le secret médical. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen effectif de la situation de Mme A ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
4. En l'espèce, dans son avis émis le 13 avril 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que, si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, son maintien sur le territoire français ne se justifie pas dès lors qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié en Albanie et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la requérante soutient que les caractéristiques du système de santé, que le coût des traitements en Albanie ne lui permettraient pas d'y avoir accès et que certains des médicaments nécessités par l'une ses pathologies n'y sont pas disponibles, les pièces médicales qu'elle produit au dossier, de même que la fiche de données sur l'Albanie émanant de l'Organisation mondiale de la santé, établie en 2016, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déclaré être arrivée sur le territoire français le 22 octobre 2022, à l'âge de 59 ans, et que deux de ses enfants résident en Albanie. Si l'intéressée fait valoir que deux de ses filles résident régulièrement en France avec leurs propres familles, elle n'en justifie pas par les pièces produites au dossier et elle ne peut, par ailleurs, se prévaloir de la présence en France de son époux qui a fait l'objet d'un refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français par arrêté préfectoral du 2 mai 2023. Au vu de ces éléments, compte tenu des attaches familiales dont Mme A dispose en Albanie où elle a vécu l'essentiel de sa vie et dès lors que son état de santé ne s'oppose pas à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
7. Enfin, Mme A ne justifie d'aucune considération humanitaire et d'aucun motif exceptionnel de nature à lui permettre d'être admise exceptionnellement au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme A ne remplit pas les conditions de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour prévues sur le fondement des articles L. 432-15 1°, L. 425-9 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Hérault n'était, dès lors, pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie faute de saisine de cette commission doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
11. Conformément à l'avis émis le 19 avril 2023 par le collège de médecins de l'OFII et comme cela a été exposé au point 4 du présent jugement, Mme A peut bénéficier du traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers l'Albanie. Par suite, en faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions précitées.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. Ainsi qu'exposé au point 6, Mme A n'est pas fondée, compte tenu notamment de la durée et des conditions de son séjour en France et des attaches familiales dont elle dispose en Albanie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 59 ans, à invoquer une atteinte excessive portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées par la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.
En ce qui concerne le pays de destination :
14. Au vu de ce qui a été exposé aux points précédents, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de l'obligation faite à la requérante de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. Dès lors que Mme A ne produit pas d'éléments susceptibles de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel elle peut bénéficier du traitement approprié à sa pathologie et qu'elle ne fait pas état de risques pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
18. Les conclusions en annulation présentées par Mme A étant rejetées, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par Mme A, partie perdante, sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de l'Hérault, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Berry.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Marc Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
S. BL'assesseure la plus ancienne,
D. Teuly-DesportesLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 novembre 2023.
La greffière,
C. Arce
dl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026